Guy Spielmann

 

 Honoré Champion
2002

 
 

RÉPERTOIRE CHRONOLOGIQUE DES SPECTACLES
À PARIS, 1673-1715

1673-1680

1681-1690

1691-1700

1701-1715

Codage des pièces

Pièces jouées par les Comédiens Français (y compris Académie Royale de Musique)
Pièces jouées par les Comédiens Italiens (jusqu'en 1697)
Pièces jouées par les comédiens forains
Pièces jouées à la foire, mais qui reprennent une comédie italienne


  1691  1692  1693  1694  1695  1696  1697  1698 1699  1700

1691
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OEuvres lyriques et ballets

Coronis. Chappuzeau de Baugé, mus. de Théobald (24 avril).
Ballet de Saint-Louis. Anon., mus. de Delalande (Versailles, 25 août).
Astrée. La Fontaine, mus. de Colasse (25 nov.).
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Ballet de M. de La Lande. Anon., mus. de Delalande.
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Tragédie

Athalie. Racine, avec des musiques de Jean-Baptiste Moreau (Saint-Cyr, 5 jan.).
Tiridate. Campistron (12 fév.).
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Jephté. Boyer (Saint-Cyr).
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Comédie

La Coquette, ou l'académie des dames. Regnard. 3 a. (17 jan.) Théâtre-Italien 3.

En chemin pour Paris, où il doit épouser Colombine, fille du bourgeois Traffiquet, Arlequin, bailli du Maine, est dévalisé par des malandrins. De son côté, Pierrot venu demander Colombine en mariage, se voit éconduit à la fois par le père et la fille. Arlequin exige que Colombine le suive immédiatement, mais celle-ci refuse et avoue aimer Octave; furieux, Traffiquet la déshérite. Elle reçoit l'appui de Mezzetin et Pasquariel, envoyés par Octave pour venir attester publiquement du dégoût qu'une jeune fille normalement constituée peut avoir à épouser un bailli du Maine. Lorsqu'Arlequin réapparait déguisé en marquis, Colombine accepte de l'épouser à condition qu'il promette d'être un mari accommodant, et qu'il se fasse recevoir --- en travesti --- par une académie de femmes savantes.

Le Grondeur. Brueys et Palaprat. 3 a. en prose et prologue en vers (3 fév.). Paris, Guillain, 1693.
Cette comédie était précédée d'un prologue en cinq scènes, intitulé Les Sifflets (et sans doute inspiré du prologue des Rendez-vous des Tuileries de Baron), où l'on évoque les conditions difficiles de la représentation. Ce fut le plus grand succès de la collaboration entre les deux auteurs.

Esope (ou Arlequin Esope). Lenoble. 5 a. (24 fév.). Théâtre Italien 3.
La Parisienne. Dancourt. 1 a. en prose (13 juin). Paris, Guillain, 1694.

Eraste s'est épris d'Angélique, qu'il a rencontrée dans un couvent, mais son père Damis s'oppose à leur union. Déçu, il quitte le pays en attendant sa majorité mais, à son retour, apprend que c'est son père qui s'apprête à épouser la jeune fille. Celle-ci, beaucoup moins innocente que ne le suppose sa tutrice Olympe, a deux amoureux: Dorante, un robin, et Lisimon, cadet de Gascogne. Eraste, Dorante, Lisimon et Damis arrivent coup sur coup chez la jeune fille; elle enferme le premier dans sa chambre, cache le second dans un escalier, puis, persuadant Damis que le Gascon en veut à Dorante, réussit à faire partir les deux hommes ensemble et se retrouve seule avec son amant. Quand le vieillard retourne, Angélique lui fait savoir qu'elle ne l'aime pas, et Eraste, sorti de sa cachette, arrive à le convaincre de renoncer à son projet et d'autoriser leur mariage.

Le Muet. Brueys et Palaprat. 5 a. en prose (22 juin). Paris, Guillain, 1693.
La Chasse ridicule. 1 a. en prose (25 juil.).
Les Deux Arlequins. Lenoble. 3 a. (26 sept.). Théâtre Italien 3.
Le Bon Soldat. Dancourt. 1 a. en vers (10 oct.).
Ulisse et Circé. L.A.D.S.M. 3 a. (20 oct.). Théâtre Italien 3.
Les Amours d'Arlequin et de Marinette. Comédie-Italienne (Versailles, 17 nov.).
Le Phénix. Monchesnay. 3 a. (22 nov.). Théâtre Italien 3.
Les Fourberies d'Arlequin et de Mezzetin. Comédie-Italienne. (Versailles, 17 déc.)
Phaëton. Boursault. 5 a. en vers (23 déc.). Paris, Guignard, 1694.

haut

1692
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OEuvres lyriques et ballets

Ballet à trois entrées. Banzi, mus. de Colasse (Villeneuve Saint-George, 1 sept.).
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Tragédie

Jugurtha. Péchantré. (17 déc.)
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Comédie

La Femme d'intrigues. Dancourt. 5 a. en prose (30 jan.). Paris, Guillain, 1694.

Mme Thibaudet est une femme d'affaires qui, en plus de ses activités de marchande de mode, s'occupe de politique, prête sur gages et arrange des mariages. De plus, elle mène une double vie en se faisant passer pour une respectable veuve de robin, dans l'espoir de trouver un parti avantageux. Celui dont elle désire le plus se faire épouser, Cléante, n'est en fait qu'un aventurier nommé La Ramée, qui ignore lui-même la véritable identité de celle qu'il prend pour une digne bourgeoise. Mme Thibaudet donne un jeune orphelin à un veuf qui a besoin d'un fils pour pouvoir hériter de sa femme, trouve pour Eraste, jeune officier sans le sou, une vieille et riche femme à épouser, et cherche à démêler une épineuse affaire de vol d'argenterie entre les membres d'une même famille. Finalement, La Ramée et Mme Thibaudet se rendent compte en même temps qu'ils sont l'un et l'autre des imposteurs.

Arlequin Phaëton. Palaprat. 3 a. (4 fév.). Théâtre Italien 3.
Le Négligent. Dufresny. 3 a. en prose et prologue (27 fév.). Publiée sous le nom de Palaprat, La Haye, Van Ellinckhuysen, 1696.

Bélise et sa niéce Angélique sont toutes deux amoureuses du même homme, Dorante, qui engage un poète crotté, Licandre, pour faire la cour à la tante afin de s'en débarasser. Le frère de Bélise, Oronte, a confié la charge d'un procès au marquis; celui-ci est en fait un escroc qui a l'intention d'épouser Angélique et de dépouiller le vieil homme avec la complicité de la comtesse, joueuse professionnelle du demi-monde. Bélise se laisse charmer par Licandre, qui la conjure de consentir au mariage de Dorante et d'Angélique pour s'assurer qu'il n'a pas de rival. L'Olive, serviteur de Dorante, enivre le valet du marquis et lui subtilise une lettre qui fait état des intentions malhonnêtes de celui-ci. Menacé par Dorante, repoussé par Angélique et ruiné par la comtesse qui a tout perdu, le marquis est finalement démasqué et chassé de chez Oronte; ce dernier accorde la main de sa nièce à Dorante.

La Précaution inutile. M. D*** [ Fatouville]. 3 a. (5 mars). Théâtre Italien 1.
La Gazette d'Hollande. Dancourt. 1 a. en prose (14 mai). La Haye, Foulque, 1696.

Clitandre néglige ses devoirs d'officier par amour pour Angélique, fille du libraire Guillemin, et abandonne au sergent La Rose la tâche de recruter des hommes pour son régiment. Cependant, Guillemin refuse de donner la moindre dot à Angélique, en dépit de l'insistance de sa s¦ur, Mme Pernelle. Le libraire a la surprise de trouver dans La Gazette de Hollande, dont il est le correspondant, un faire-part de mariage pour sa fille, inséré par elle-même pour forcer la main à Clitandre, lequel vient rendre visite à Angélique en l'absence de son père. A la surprise de tous, Mme Pernelle décide de doter sa nièce elle même, si bien que Guillemin consent au mariage.

Cette comédie-revue tire ses effets comiques d'un défilé de journalistes, où Dancourt se souvient sans doute de ses Nouvellistes de Lille (1683).

L'Opéra de campagne. M. du F*** [Dufresny]. 1 a. et prologue (7 juin). Théâtre Italien 4.

Les acteurs Colombine et Arlequin prennent le parterre à témoin dans leur querelle sur la nature de l'homme, dont l'une soutient qu'elle est de rire, et l'autre, de siffler. Octave, après avoir longtemps cherché en vain une fille qui ne soit pas coquette, est tombé amoureux de Thérèse, dont la mère, Mme Prenelle, est bien décidée à l'enfermer dans un couvent. Grâce à la complicité d'Arlequin, le jeune homme réussit à obtenir le consentement du père, Jeannot, mais se heurte au refus catégorique de Mme Pernelle. A la faveur d'une représentation donnée par une troupe itinérante d'opéra, les amants réussisent à fausser companie à Mme Prenelle et à faire établir un contrat de mariage en bonne et due forme.

L'Opéra de village. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Raisin et Grandval (20 juin). Paris, Guillain, 1693.

Dans un village du Lyonnais, un groupe de paysans s'apprête à donner sous la direction de Thibault un divertissement musical en l'honneur d'un marquis, nouveau seigneur du lieu. A cette occasion, Thibault doit annoncer le mariage de sa fille Louison avec Pierrot, fils du bailli. Or, Louison est tombée amoureuse d'un officier de passage, et fait l'objet de la convoitise de Bouvillon et Galoche, qui cherchent à racoler des filles pour l'opéra. La Flèche, valet de l'officier, fait fuir les deux acolytes et arrange une entrevue galante entre son maître et Louison, assurant à celle-ci qu'elle sera épousée. A la suite d'un quiproquo, le neveu de Thibault, Colin, annonce que Louison et sa cousine Martine ont été enlevées; en réalité, le coupable n'est autre que l'officier, dont on apprend alors qu'il est le neveu du marquis. Le mariage aura donc lieu comme prévu et l'opéra destiné au marquis servira de divertissement pour la noce.

L'Impromptu de garnison. Dancourt. 1 a. en prose (26 juil.). Paris, Guillain, 1693.

Araminte a déjà fait dresser le contrat de mariage de sa nièce Angélique à un officier espagnol de la garnison de Namur, Dom Julien. Toutefois, les troupes françaises investissent la forteresse et la jeune fille a le coup de foudre pour un officier français, Clitandre. Ce dernier soudoie la suivante Marton pour qu'elle l'aide à convaincre Angélique de l'épouser, et qu'elle prédise à Araminte un grand bonheur à venir. Merlin, déguisé en marquis, vient alors faire une cour empressée à Araminte, mais prétend qu'il doit absolument se marier en même temps que son frère pour recevoir sa part d'héritage. Marton suggère alors à la tante de substituer sur le contrat le nom du frère à celui de Dom Julien, désormais fugitif. Celui-ci réapparaît néanmoins, mais il est chassé par Merlin, qui, dans le rôle du marquis, évite de signer le contrat sous le prétexte de devoir participer à l'assaut imminent du château où les derniers défenseurs espagnols se sont réfugiés. Il revient sous ses propres traits annoncer que le château a été pris, et que le marquis a dû partir pour l'Allemagne, en promettant d'épouser Araminte à son retour; il demande alors Marton en mariage et Clitandre épouse Angélique.

L'Union des deux opéra. M. du F*** [Dufresny]. 1 a. (16 août). Théâtre Italien 4.

L'opéra de village, représenté par Mezzetin, et l'opéra de campagne, représenté par Octave, se querellent à propos des qualités de chaque genre de pièce; Arlequin, se proposant comme arbitre, suggère aux deux opéra de s'unir plutôt que de se disputer. Lors d'une noce de village, Jupiter tente d'enlever la jeune fiancée, mais en est empêché par Junon. A la dispute succède une réconcilliation générale suivie des réjouissances de la noce.

La Fille de bon sens. Palaprat. 1 a. (2 nov.). Théâtre Italien 4.
Les Bourgeoises à la mode (ou Les Femmes à la mode). Dancourt [et Sainctyon]. 5 a. en prose (15 nov.). Paris, Guillain, 1693.

Angélique, femme du notaire Simon, aime à fréquenter la belle société, et veut transformer sa maison en salle de jeu avec la complicité de son amie Araminte, femme du commissaire Griffard, sa suivante Lisette et deux aventuriers, le chevalier et son valet Frontin. Les deux amies comptent bien extorquer de l'argent à leur maris, qui sont chacun amoureux de la femme de l'autre. Le chevalier, qui est réalité fils d'une prêteuse sur gage et s'appelle Jannot, a le dessein d'enlever et d'épouser Marianne, belle fille d'Angélique. Il dérobe à sa mère un diamant sans savoir qu'il appartient à Angélique, qui l'avait déclaré perdu pour abuser son mari et obtenir de l'argent frais. Le bijoutier auquel Frontin apporte le diamant est ami de M. Simon, et accuse le valet de l'avoir volé; une confrontation générale révèle l'imposture du chevalier et la tromperie dont les deux maris ont été victimes. Mme Amelin, mère de Jannot, offre alors de lui acheter un office de vingt mille écus pour qu'il puisse tout de même épouser Marianne.

Les Chinois. Regnard et M. du F*** [Dufresny]. Prologue et quatre actes (13 déc.). Théâtre Italien 4.

Prologue: Sur le Parnasse, Apollon (Colombine) et Thalie (Arlequin) devisent sur la misérable condition des auteurs dramatiques, et sur la dernière pièce de la Comédie-Italienne, La Comédie des comédiens chinois. Les deux immortels font l'apologie de la comédie à une petite fille (Pierrot), et défendent la sincérité crue des Italiens. Arrive alors un comédien «à moitié habillé» (Pasquariel) et un auteur (Mezzetin) qui veut lui empêcher de jouer sa pièce, contre laquelle se prépare une cabale; ce dernier supplie Thalie de lui accorder une semaine supplémentaire pour polir sa comédie, et s'évanouit lorsque la déesse refuse. Elle lui accorde néanmoins de pouvoir compter le prologue qu'ils viennent de jouer comme premier acte, et demande au parterre de se montrer indulgent pour ne pas causer la mort du malheureux poète.

Roquillard cherche à marier sa fille Isabelle, dont l'amant, l'acteur italien Octave, a l'idée de se faire valoir en faisant défiler une série de prétendants excentriques, tous joués par son valet Arlequin: le baron de la Dindonnière, un docteur chinois (d'où le nom de la pièce) et un matamore qui la fait enlever la jeune fille par ses sbires. Isabelle, bientôt rendue à son père, exprime le désir d'épouser Octave, mais Rocquillard lui préfère un acteur français; s'ensuit alors une polémique entre Théâtre Italien et Théâtre Français, dont l'issue est laissée au jugement du parterre, qui tranche en faveur des Italiens: c'est Octave qui épousera Isabelle.

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1693
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OEuvres lyriques et ballets

Alcide, ou La Mort d'Hercule. Campistron, mus. de Louis Lully et Marin Marais (31 mars).
Didon. Mlle de Saintonge, mus. de Desmarets (5 juin).
Médée. T. Corneille, mus. de Charpentier (4 déc.).
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Tragédie

Aétius. Campistron (28 jan.).
Zénobie. [Boyer ?] (18 nov.).
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Comédie

Les Saturnales, ou la prude du temps. Palaprat. 5 a. en vers (7 jan.). OEuvres de théâtre, Paris, Ribou, 1711.
La Baguette de Vulcain. Regnard et M. du F*** [Dufresny]. 1 a. (10 jan.). Théâtre Italien 4.

Le preux chevalier Roger, ayant tué le géant qui gardait la belle Bradamante endormie, réveille celle-ci d'un sommeil de deux cents ans grâce à une baguette magique donnée par Vulcain. Il transforme alors la grotte où la jeune fille était confinée en un fabuleux jardin, et réveille par la même occasion sa suivante Mélisse, qui retrouve son mari. Roger rencontre ensuite un druide, dont la spécialité est de prodiguer des conseils aux maris cocus; ce dernier reçoit la visite de Florestan, soupçonnant sa femme d'infidélité, et d'un couple ridicule, Zerbine et Gabrine, inquiets de n'avoir pas encore d'enfants alors qu'ils n'ont jamais couché ensemble. La pièce se conclut par un divertissement de chants et de danses.

Le Fourbe parachevé. [Lenoble?] (14 fév.).
La Baguette. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Raisin et Grandval (4 avril).
Les Adieux des officiers, ou Vénus justifiée. M. du F*** [Dufresny]. 1 a. (25 avril). Théâtre Italien 4.

Partant en guerre, Mars recommande à Vulcain de bien veiller sur sa femme Venus, à qui Pluton fait la cour. Ce dernier offre des cadeaux à la déesse qui, après avoir repoussé ses avances, lui laisse néanmoins entendre qu'elle est sensible à ses attentions. Pluton se révèle alors n'être autre que Vulcain déguisé, qui exige aussitôt la séparation; mais l'assemblée des dieux, présidée par Momus, lui donne tort. Finalement, Bacchus réconcilie les époux et la pièce se termine par une grande fête.

Je vous prends sans verd. Champmeslé. 1 a. en vers et divertissement, mus. de Grandval (1er mai). Paris, Ribou, 1699.
Les Mal-Assortis. M. du F*** [Dufresny]. 2 a. (30 mai). Théâtre Italien 4.

Arlequin doit succéder au gouverneur de sa province, mais il faut pour cela qu'il épouse l'une de ses douze filles; Colombine, l'aînée, suggère qu'il choisisse Isabelle, mais celle-ci aime Octave et, de plus, ne veut pas se marier. Arlequin observe secrètement les filles à leur toilette et les trouve toutes laides, jusqu'à ce qu'il découvre Isabelle, qu'il finit par épouser. Devenu gouverneur, il doit juger d'affaires conjugales avec l'assistance du dieu Hymen, et défaire des couples mal assortis pour en reformer de meilleurs; comparaissent alors un cabaretier dont la vieille femme n'attire plus assez les clients, une coquette désireuse de se séparer d'un mari jaloux qui l'horripile, une pauvre femme d'âge mûr et un jeune homme de qualité, une jeune fille enceinte des ¦uvres de ce dernier et un jardinier. Isabelle, voilée, vient se plaindre de son mari qui ne s'occupe pas assez d'elle, et Octave de sa femme qui l'aime excessivement; Arlequin les remarie puis, lorsqu'il découvre son erreur, décide de s'en accomoder et de prendre une autre femme. Hymen entérine alors les unions nouvellement formées.

Le Sot toujours sot, ou le marquis paysan. Brueys [et Palaprat?] 1 a. en prose (3 juil.). OEuvres de théâtre de Brueys, Paris, Ribou, 1735.
Les Originaux, ou l'Italien. D. L. M. [Houdar de la Motte] 3 a. (13 août). Théâtre Italien 4.
Les Champs-Elysées. L. C. D. V. [Mongin?] 3 a. (28 nov.). Théâtre Italien 4.
Les Souhaits. Monchesnay. 3 a. (30 déc.). Théâtre Italien 5.

Scène qui ouvre le théâtre: Jupiter et Momus arrivent à pied. Momus se félicite de son habileté, mais jupiter se plaint de ce que les hommes l'accusent de tous les maux dont ils sont affligés, et dont ils sont seuls responsables.

Scène du laquais (en vers): Arlequin fait la cour à Colombine qui le repousse, car il prétend l'épouser tout en continuant de mener une vie de débauche.

Scène des sciences: Arlequin en «maître de science», est chargé de faire la leçon à Isabelle, fille du docteur, mais en profite pour flirter avec elle. Il lui propose d'arranger une rencontre avec Octave, et lui expose sans embages sa préférence pour les amours adultères. Lorsqu'Isabelle se plaint de ne rien apprendre, Arlequin lui démontre qu'elle a plutôt intérêt à utiliser ses capacités naturelles en tant que femme.

Scène des souhaits: Momus offre à Arlequin un souhait, et le somme de choisir entre la valeur, la santé, le bel esprit, les bonnes fortunes, la faveur, le mérite, la folie et les richesses; celui-ci ne peut choisir, s'estimant comblé dans tous les domaines.

Scène contre les hommes: Lorsqu'Isabelle affirme à Colombine qu'elle veut vivre en dehors de toute relation avec les hommes, celle-ci tente de la convaincre qu'en dépit des apparences, les femmes ont tout à gagner dans la fréquentation de l'autre sexe, auquel elles sont supérieures.

Scène du baron (en vers): Transformé par Momus en riche baron, Arlequin revient faire sa cour à Isabelle en style précieux, et reçoit un soufflet pour toute réponse.

Scène du jugement de Pâris (en vers): Pâris (Arlequin) reçoit de Mercure (Mezzetin) la responsabilité de juger la beauté de Junon, Pallas, et Vénus, qui se disputent entre elles et lui promettent chacune une superbe récompense si c'est elle qu'il choisit; c'est Vénus qui obtient un verdict favorable après avoir promis à Arlequin-Pâris une jeune et belle maîtresse.

Scène du Parnasse et de l'ode pindarique: Au Parnase, Momus demande à Apollon de lui conférer le bel esprit. Arlequin lit une «ode pindari-comique sur les guerres civiles du Parnasse». Pierrot, dans une harangue, déclare ne rien vouloir dire par respect pour son auditoire.

Scène de Colombine et d'Isabelle: Colombine, se désespérant d'enseigner la galanterie à Isabelle, lui explique comment utiliser ses charmes à son avantage sans que sa réputation n'en pâtisse.

Scène des éléments: Arlequin exprime des doutes quant à la paternité du docteur, et lui annonce que les quatre éléments veulent épouser sa fille, et que lui-même va être transformé en pierre philosophale. Lorsqu'il proteste, Arlequin fait surgir une foule de démons; le vieil homme consent alors à donner sa fille.

Tous les éléments de la comédie italienne à son apogée sont réunis ici: mythologisme et pastoralisme burlesques, «féminisme» et apologie de la galanterie, utilisation des effets spéciaux; s'y ajoutent l'intrigue matrimoniale et les lazzi traditionnels de la commedia dell'arte.

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1694
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OEuvres lyriques et ballets

Céphale et Procris. Duché de Vancy, mus. de Mlle La Guerre (15 mars).
Circé. Mlle Saintonge, mus. de Desmarest (11 nov.).
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Tragédie

Adherbal. La Grange-Chancel (8 nov.).
Médée. Longepierre (13 fév.).
Germanicus. Pradon (22 déc.).
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Comédie

L'Important (ou L'Important de cour). Brueys. 5 a. en prose (3 jan.). Paris, Guillain, 1694.
Sancho Pança. Dufresny. 3 a. en prose et en vers (6 fév.).
La Naissance d'Amadis. Regnard. 1 a. (10 fév.). Théâtre Italien 5.
Le Dédit. 5 a. (18 fév.).
Le Bel-Esprit. L. A. P. 1 a. (13 mars). Théâtre Italien 5.
Hercule et Omphale. Palaprat. 5 a. en vers (7 mai).
Attendez-moi sous l'orme. Regnard [ou Dufresny?]. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Grandval (19 mai). Paris, Guillain, 1694.

Dorante, officier retraité sans le sou, voudrait épouser la fille d'un riche paysan, Agathe, pour qui soupire un jeune homme du voisinage, Colin. Toutefois, Lisette, soeur d'Agathe, et Pasquin, valet de Dorante mécontent de n'avoir pas reçu ses gages, se liguent pour empêcher l'officier de mener son projet à bien. Dorante courtise par ailleurs une riche veuve dont il n'a jamais vu le visage, parce qu'elle le dissimule sous un voile. Lisette, déguisée en veuve, arrange un rendez-vous avec Dorante; Pasquin et Agathe épient la conversation et entendent Dorante se vanter d'avoir reçu des marques de faveur de la jeune fille, tout en affirmant être prêt à renoncer à elle pour la veuve. Agathe, désabusée, se décide a épouser Colin, alors que Lisette et les paysans du village humilient Dorante et le poussent à quitter la région. La pièce se termine par les préparations des noces d'Agathe et Colin ainsi que de celles de Lisette et Pasquin.

L'influence de l'esthétique de la Comédie-Italienne reste perceptible dans cette oeuvre qui a pu être décrite comme le premier exemple connu de proverbe dramatique, genre que popularisera bien plus tard Alfred de Musset. Ce fut en tous cas un beau succès d'estime (29 représentations d'affilée). On a longtemps hésité sur l'attribution de la pièce: les Parfaict (Théâtre Français XIII, p. 378) la prêtent à Dufresny (qui selon eux aurait également écrit les airs), alors que Lancaster (History IV, 2, p. 732) et Calame (Regnard, p. 64-65) donnent Regnard comme auteur incontestable, et que Moureau (Dufresny, p. 57) s'appuie sur le registre d'assemblée des comédiens pour affirmer que c'est bien Dufresny qui l'a écrite, quoi qu'il l'ait peut-être vendue à Regnard avec qui il collaborait alors.

Le Défenseur du beau sexe (ou Arlequin défenseur du beau sexe). B*** [Louis Biancolelli?] 3 a. (28 mai). Théâtre Italien 5.

Sommé sous la menace de se décider entre Marinette et Colombine, Arlequin choisit la seconde pour épouse. Arlequin et Colombine veulent favoriser le mariage de l'Italien Octave avec Isabelle, fille de Persillet, réticent à donner sa fille à un jeune homme qu'il soupçonne de débauche. Arlequin expose à Scaramouche sa décision d'abandoner l'état de valet et de faire fortune grâce aux femmes. Il enrôle son ami, amoureux de Marinette, pour faciliter tous les mariages. Persillet confie qu'il compte favoriser l'union de celui-ci avec Colombine, mais uniquement pour pouvoir garder la jeune femme près de lui et la prendre comme maîtresse. Isabelle se plaint à Colombine des satires qui circulent contre les femmes. Colombine lui conseille de dissimuler ses défauts à son fiancé, mais Isabelle préfère être honnête. Arlequin apprend à Octave à faire sa cour à la française. Pierrot vient annoncer les préparatifs d'une cérémonie sans préciser de quoi il s'agit.

Isabelle s'ennuie, et se réjouit auprès de Colombine à l'idée d'épouser Octave. Marinette vient montrer aux deux amies une satire misogyne composée par Arlequin. Scaramouche, après avoir lu la satire, hésite à épouser Marinette; Octavle le rassure, mais a du mal à convaincre Isabelle de consentir à leur mariage. Arlequin, sur lequel Persillet compte pour décourager Octave, feint d'avoir quitté le service de ce dernier, et fait de lui un portrait fantaisiste, détaillant sa vie censément dissolue. Impressionné, Persillet demande à Arlequin de venir chez lui «faire la fonction de juge et d'arbitre souverain du procès des femmes». Pierrot propose alors à Persillet d'épouser Isabelle sans réclamer de dot.

Persillet annonce la tenue du procès contre les femmes, dont il espère qu'il dégoûtera et Octave et Arlequin, si bien qu'il gardera Colombine pour lui et sa fille à la maison. Il révèle à Colombine son amour pour elle et son plan. Arlequin arrive en armure, expliquant que les femmes font plus de cas des militaires que des bourgeois. Il établit que Persillet et sa défunte épouse se détestaient; celui-ci dénonce alors la propension d'Arlequin aux discours inutiles. Colombine commence par dresser une critique des femmes en citant des extraits de la Satire X de Boileau. Arlequin décide de prendre la défense des femmes, et retourne les arguments en leur faveur, affirmant que tous les excès qu'elles commettent (coquetterie, depenses, galanterie) sont en fait imputables aux hommes, qu'il condamne aux dépens.

L'Entêté. 1 a. (3 juin).
La Sérénade. Regnard. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (3 juil.). Paris, Guillain, 1695.

Mme Argante a promis sa fille Léonor à M. Grifon, père du jeune homme dont Léonor est amoureuse, Valère. Les jeunes gens correspondent par l'entremise de leurs serviteurs respectifs, Marine et Scapin. Grifon a fait l'emplette d'un collier pour sa future épouse, et doit verser la moitié du montant à l'émissaire du vendeur, l'usurier Mathieu; Valère et Scapin, ayant eu vent de l'affaire, décident d'en tirer avantage pour gruger le barbon. Grifon engage Scapin, qui se fait passer pour musicien, pour donner la sérénade à Léonor, qui, à la suite d'une méprise, croit que c'est Valère qu'elle doit épouser. Lorsqu'elle se rend compte des véritables intentions de sa mère, elle refuse d'obtempérer et se voit en retour menacer d'incarcération. Scapin, ayant intercepté l'envoyé de Mathieu, Champagne, l'ennivre et lui subtilise la lettre identifiant le porteur comme récipiendaire de la somme dûe par Grifon, qui verse donc l'argent à Scapin. Parallèlement, Marine tente de convaincre Grifon que Léonore est une incorrigible coquette. Lorsque Scapin réapparait, il est accompagné d'une troupe de musiciens et de danseurs, qui dépouillent Grifon du collier; celui-ci s'aperçoit qu'il a été joué, mais ne peut que maudire les jeunes gens.

Le Caffé. Jean-Baptiste Rousseau. 1 a. en prose (2 août). Paris, Aubouyn, 1694.
Les Mots à la mode. Boursault. 1 a. en vers (19 août). Paris, Guignard, 1694.

M. Josse, orfèvre récemment anobli, croit avoir trouvé dans le journal de sa femme la preuve qu'elle le trompe, et confie au commissaire Griffet le soin de la faire condamner en justice. Mme Josse se pique d'utiliser un language précieux et veut marier ses filles Babet et Nanette dans de grandes familles; lorsque M. Josse annonce à celles-ci qu'il les destine à un marchand et à un banquier, il se voit accusé de bassesse. Alors que Babet et Nanette reçoivent avec délices deux galants également de fraîche noblesse, de l'Orme et du Rus, elles accablent de mépris leur ancienne amie Marotte, soeur du promis de Babet. Mme Brice, mère de Mme Josse, vient alors tancer avec violence sa fille et ses petites-filles de leur prétention, et fait fuir les deux galants. Survient M. Josse avec le commissaire, pour faire constater l'adultère: mais alors que la lecture du journal semble évoquer d'abord une vie de débauche, impliquant même le jardinier Nicomède et la servante Adrienne, il se trouve que les termes employés font tous référence à des accessoires de mode. Grâce à la médiation de M. Brice, les époux se réconcilient; Mme Josse promet de ne plus employer de «mots à la mode», et M. Josse laisse aux filles la liberté de choisir leurs époux.

Dans son avertissement, Boursault affirme avoir écrit cette comédie d'après un livre du même titre «que l'on vend chez Barbin, et qui a eu toute la réputation qu'il mérite». L'intrigue, qui repose entièrement sur l'ambiguïté des mots employés par Mme Josse dans son «mémoire», est tout à fait secondaire par rapport à la satire des moeurs d'une noblesse vieille d'à peine un mois, et de son acharnement à faire oublier ses origines bourgeoises, satire souvent très cruelle qui a dû faire rire jaune dans le public. Le texte signale en italiques les fameux mots incriminés.

La Fontaine de Sapience. B*** [Louis Biancolelli?] 1 a. (8 juil.) Théâtre Italien 5.

Lisette et Angélique, servantes d'Oronte, se plaignent de leur mari, Arlequin, qui est indifférent, et Scaramouche, qui est jaloux. Elles tentent de décourager Lucille, fille d'Oronte, qui voudrait bien être mariée, en lui exposant la duplicité des hommes. Lisette suggère à Lucille de se retirer dans l'île du Repos, où se trouve la fontaine de sapience. Après avoir du l'eau de la fontaine merveilleuse, Lucille et ses compagnes se rendent compte de l'étendue des défauts masculins, dont seul Octave semble être dépourvu. Oronte consent à lui donner Lucille en Mariage, et il lui propose de s'installer définitivement dans l'île.

Biancolelli reprend ici plusieurs éléments de sa pièce précédente, Le Défenseur du beau sexe, en renversant le propos: c'est à présent des hommes qu'on fait le procès. Mais il transporte ses personnages dans un cadre distinctement arcadien, l'île du Repos, peuplée de bergers et bergères chantants et dansants; la dernière scène se présente comme un divertissement d'un pastoralisme presque pur.

Le Départ des comédiens. M. du F*** [Dufresny]. 1 a. et prologue (24 août). Théâtre Italien 5.

Faute de spectateurs, la troupe italienne doit se séparer et chacun envisage sa reconversion: Léandre et Octave sont décidés à se faire gigolos; une chanteuse projette de faire carrière à l'opéra; Colombine et Pierrot veulent se mettre au service d'une riche bourgeoise; Mezzetin a l'idée de former une troupe d'opéra et daller tourner en province.

Complètement dépouvue d'intrigue, cette pièce est entièrement constituée de sketches sur le thème de la reconversion des comédiens. On est dans la métathéâtralité pure: le lieu de l'action est même donné comme l'hôtel de Bourgogne, tandis que le prologue consiste en un monologue d'Arlequin se plaignant (en vers) au parterre des mauvaises affaires du théâtre au printemps et en été. On trouve dans cette comédie l'un des premiers exemples de vaudeville, lorsque Arlequin et Mezzetin se mettent à chanter des vers sur des airs populaires comme Le Pont d'Avignon et Réveillez-vous belle endormie.

Les Vendanges. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Grandval (30 sept.). Paris, Guillain, 1694.

Le riche laboureur Lucas a fiancé sa nièce Claudine au collecteur d'impôts en échange d'un abattement; mais, lorsque celle-ci s'est rendue à Paris avec sa tante Margot pour y acheter un trousseau, elle a éveillé l'amour d'Eraste, qui, déguisé en paysan, arrive au village avec son valet l'Olive et s'engage chez Lucas pour les vendanges. Margot les reconnaît néanmoins, mais se laisse soudoyer quand ils lui proposent de l'aider à guérir Lucas de son ivrognerie; elle feindra de courtiser le jeune homme et déclarera vouloir se débarasser de son mari, alors que celui-ci les épie. Alerté de la présence d'Eraste et de l'Olive, le collecteur les confronte et les menace, mais se voit réduit au silence par les pistolets que brandissent les deux Parisiens. Eraste dévoile alors sa véritable identité et ses intentions, et Lucas lui accorde la main de Claudine tout en promettant à sa femme de ne plus s'enivrer.

Le Jeune Homme. 1 a. (14 oct.).
Le Triomphe de l'hiver. 1 a. en prose (29 nov.). La Haye, Van Ellinckhuysen, 1696.
La Fausse Coquette. B*** [Louis Biancolelli?] 3 a. (18 déc.). Théâtre Italien 5.

Colombine est bien décidée à tromper son vieux mari, Prudent, avec un prince polonais (Octave) dont celui-ci est le gouverneur. Léandre voudrait épouser Angélique, fille de Prudent, qu'on destine à un bourgeois récemment anobli, M. de Pommenville. Léandre suggère à Colombine de joindre leurs efforts, et lui offre les services de son valet Mezzetin. Le prince, de son côté, est tombé amoureux d'une mystérieuse inconnue dont il a trouvé le portrait, mais qu'il reconnaît en Colombine lors d'une entrevue nocturne interrompue par l'arrivée du mari jaloux. Prudent, en visite chez le prince, y apperçoit le portrait de sa femme et comprend qu'une intrigue amoureuse est en train de se nouer, mais se force à ne pas réagir pour mieux confondre les amants.

Lorsqu'ils s'avise de reprocher à Colombine sa vie dissipée, Prudent s'attire d'insolentes récriminations. Sur ces entrefaites, on annonce l'arrivée de M. de Pommenville --- en fait Arlequin déguisé --- qui semble être un rustre impudent. A la suite d'un quiproquo provoqué par la substitution d'une lettre, Angélique et Leandre croient chacun que l'autre ne l'aime plus; lisant le billet jusqu'au bout, Leandre se rend toutefois compte de la méprise. Au prince qui se désole de ne pouvoir identifier ni retrouver sa belle inconnue, Pasquariel conseille de consulter un mage --- de nouveau, Arlequin déguisé ---, qui fait surgir des démons, puis une pythie. Un prodige permet au prince de voir Colombine endormie, et on lui apprend qu'elle est mariée.

Ignorant encore l'identité exacte de l'élue de son coeur, le prince révèle son amour à Prudent, qui décide de confronter les deux jeunes gens. Leandre, déguisé en tailleur pour approcher Angélique, se heurte à un autre tailleur se disant envoyé par le mari putatif de la jeune fille; il s'agit en réalité d'Arlequin, venu prévenir Angélique qu'il compte l'enlever en se faisant passer pour de Pommenville. Enfin réunis, le prince et Colombine se déclarent leur amour en présence de Prudent, médusé, qui ne peut les empêcher de s'éclipser. Arrive Arlequin grimé en de Pommenville, qui réussit à emporter Angélique dans sa chaise à porteur; mais Prudent soupçonne quelque fourberie et appelle ses gens, provoquant une algarade.

Arlequin en magicien vient apprendre au prince que son amante n'était autre que la femme de son gouverneur; le jeune homme renonce immédiatement à son projet, à la grande satisfaction de Prudent, qui consent au mariage de Leandre et Angélique. Arlequin use de prodiges pour susciter un divertissement qui conclut la pièce.

Le résumé de l'intrigue ne rend que très partiellement compte de cette pièce où nombre de scènes n'ont aucun rapport avec l'action principale. La Fausse Coquette offre peut-être le meilleur exemple de la fusion des genres à l'oeuvre dans la Comédie-Italienne, car elle conserve nettement la structure propre à la commedia dell'arte (alternance des scènes d'intrigue et d'ornement), tout en étant entièrement rédigée en français (ou presque) et «textualisée»: contrairement à d'autres pièces du recueil de Gherardi, on n'y trouve aucune scène «purement italienne» en résumé. Les lazzi sont assez précisément décrit par les didascalies --- celui des «trois chapeaux» et du convert imaginaire a été immortalisé dans une gravure de Gilot ---, ou même intégrés au texte, riche en fantaisie verbale.

Les éléments de pastorale (qui ne sont pas toujours traités sur le mode burlesque), l'utilisation abondante des effets spéciaux et des scènes de magie, les références à l'opéra font de cette comédie un spectacle total qui témoigne des influences multiples qui façonnent à cette époque une nouvelle esthétique du genre.

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1695
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OEuvres lyriques et ballets

Théagène et Chariclée. Duché de Vancy, mus. de Desmarest (12 avril).
Les Amours de Momus. Duché de Vancy, mus. de Desmarest. Ballet en 3 a. (25 mai).
Les Saisons. Pic, mus. de Colasse. Opéra-Ballet en 4 a. (15 oct.).
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Tragédie

Les Héraclides. De Brie (5 fév.).
Judith. Boyer (4 mars).
Bradamante. T. Corneille [et De Visé?] (18 nov.).
Sesostris. Longepierre (28 déc.).
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Comédie

Arlequin mary de trois femmes. Comédie-Italienne (Versailles, 21 jan.).
Le Tombeau de Maître André. B*** [Louis Biancolelli] 1 a. (29 jan.) Théâtre Italien 5.
Attendez-moi sous l'orme. M. du F*** [Dufresny]. 1 a. (30 jan.). Théâtre Italien 5.

Un orme aux pouvoirs surnaturels sert à tester la vertu des filles en étouffant dans une cavité de son tronc celles qui ont fauté. Arlequin, gardien de l'orme, aime Jacqueline, destinée par son père à Pierrot, que convoite Colombine. Arlequin et Colombine décident d'utiliser l'arbre pour parvenir à leurs fins. Pendant ce temps, Octave, à la recherche de la bien-aimée qu'il a perdue, croit la reconnaître dans une jeune fille qu'on a retrouvée inanimée dans le tronc de l'orme --- c'est en fait Mezzetin travesti en paysanne. Colombine réussit à convaincre la naïve Jacqueline qu'elle périra étouffée parce qu'elle a laissé son chat manger un morceau de fromage. Jacqueline, appeurée, refuse de se soumettre à l'épreuve, et Pierrot renonce alors à l'épouser. Son père, doutant de pouvoir jamais lui trouver un meilleur parti, accède finalement à la demande en mariage d'Arlequin.

Toute cette pièce constitue un trope sur celle du même nom jouée à la Comédie-Française l'année précédente, en prenant au pied de la lettre l'expression qui sert de titre, référence à un rendez-vous imaginaire (on dirait aujourd'hui «Allez-voir là-bas si j'y suis»). Dufresny introduit un élément fantastique avec l'orme au pouvoir surnaturel, mais la pastorale dérape dans le burlesque à coup d'allusions égrillardes qu'inspire la rareté de la virginité chez les jeunes filles, et par l'apparition de Mezzetin travesti, alors que la pure Jacqueline se laisse abuser par un jeu de langage à partir de l'expression grivoise «laisser aller le chat au fromage». Finalement, on se demande si le cadre bucolique ne sert pas seulement à rehausser le thème central de la vierge introuvable.

Les Disgrâces d'Arlequin roy de la Chine. Comédie-Italienne (Versailles, 10 fév.).
Polichinel Grand Turque. Marionnettes. Foire Saint-Germain.
Polichinel Colin-Maillard. Marionnettes. Foire Saint-Germain.
Le Marchand ridicule. Marionnettes. Foire Saint-Germain.
L'Enlèvement de Proserpine. Ballet en trois actes. Foire Saint-Germain.
Les Dames vengées, ou la dupe de soi-même. De Visé. 5 a. en prose (22 fév.). Paris, Brunet, 1695.
Le Jaloux masqué. 3 a. (16 avril).
La Thèse des dames ou le triomphe de Colombine. B*** [Louis Biancolelli]. 3 a. (7 mai). Théâtre Italien 5.
Le Génois. 1 a. (6 juin).
Les Promenades de Paris. [Mongin]. 3 a. (6 juin). Théâtre Italien 5.
Le Tuteur (ou Le Tuteur amoureux). Dancourt. 1 a. en prose (13 juil.). Paris, Guillain, 1695.

M. Bernard confine sa pupille Angélique dans sa maison de campagne et fait tout son possible pour écarter les éventuels prétendants, car il a l'intention de l'épouser lui-même. L'un de ces soupirants, Dorante, a l'idée de se faire passer pour peintre et son valet l'Olive pour jardinier, afin de s'introduire chez Bernard sans éveiller de soupçon. Prévenu qu'une affaire se trame par le métayer Lucas, qui lui sert d'espion, ce dernier décide de conclure le mariage le lendemain même. Le soir, Angélique et sa suivante Lisette retrouvent Dorante et l'Olive dans le parc du domaine pour tenter d'échafauder un plan d'évasion. Lorsque Bernard et Lucas arrivent inopinément, elles leur font croire qu'elles attendent deux galants qui doivent les enlever, et leur suggèrent de se travestir en femme pour prendre leur place et surprendre les intrus; les deux hommes s'exécutent. Dorante et l'Olive reviennent alors sur les lieux, feignent de les surprendre et de leur reprocher leur inconduite, puis les rossent. Le chevalier, oncle de Dorante, fait son entrée et, convaincu que Bernard, costumé en femme, n'a pas toute sa raison, lui retire la garde d'Angélique de haute autorité et donne la jeune fille en mariage à son neveu.

La Foire de Bezons. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (13 août). Paris, Guillain, 1695.

Marianne, amoureuse d'Eraste, vit à la campagne avec son vieux père, le financier Griffard, et la filleule de celui-ci, Chonchette, qu'on soupçonne être en fait sa fille illégitime. Mme Argante, vieille coquette et mère putative de Conchette, veut épouser Eraste, alors que Griffard est amoureux de Cidalise, dont il ignore qu'elle a secrètement épousé son neveu Clitandre. Les jeunes gens font signer à Griffard un contrat de mariage qu'ils lui présentent comme celui de gens du village, mais qui est en fait destiné à Eraste, déguisé en paysan, et à Marianne. Mis devant le fait accompli, et informé du mariage de Cidalise, Griffard décide alors de se venger en épousant Mme Argante et en laissant toute sa fortune à Chonchette.

Le Retour de la foire de Bezons. [Gherardi et Brugière de Barante?] 1 a. (1e oct.) Théâtre Italien 5.
Les Vendanges de Suresnes. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (15 oct.). Paris, Guillain, 1696.

Thomasseau, riche fermier de Suresnes et veuf, veut se remarier avec la jeune parisienne Angélique. Sa fille, Marianne, est amoureuse de Clitandre, frère d'Angélique, mais il la destine à Vivien, fils d'un bailli. Thibault, son jardinier, lui apprend que Marianne et Clitandre se voient la nuit, puis accepte de se laisser soudoyer par les jeunes amants. Pour parvenir à leurs fins, ceux-ci ont engagé Mme Dubuisson, aubergiste cousine de Thibault, et son ami Lorange qui, déguisé en naine, se fait passer pour Marianne auprès de Vivien et l'effraye par ses manières. Arrive alors Thibault qui, assumant l'identité de Thomasseau, injurie Vivien; il est suivi de Clitandre déguisé en matamore, qui menace d'enrôler le jeune fiancé de force. Après une série de quiproquos, Vivien rencontre Thomasseau et découvre qu'il a été joué. Lorange refait son entrée, cette fois-ci travesti en chanteuse d'opéra, et, accusant Vivien d'être son amant, le menace de le faire pendre s'il ne l'épouse pas. De plus, la tante d'Angélique refuse de donner sa nièce à Thomasseau s'il n'accorde pas en retour la main de Marianne à Clitandre; le fermier consent et renvoie Vivien.

La Foire Saint-Germain. Regnard et M. du F*** [Dufresny]. 3 a. (26 déc.). Théâtre Italien 5.

Angélique, amoureuse d'Octave, a fui son tuteur, le Docteur, qui voulait l'épouser, et se réfugie chez Colombine. Un autre prétendant venu de la province, Nigaudinet, se fait dépouiller au jeu par Arlequin et repart découragé. A la foire, Le Docteur consulte le «cadran du Zodiaque», qui lui offre une vision d'Angélique et Octave enlacés comme des gémeaux. Dépité, il s'apprête à partir lorsqu'il est miraculeusement transporté au sérail de l'empereur du Cap-Vert, où les femmes sont à vendre. Il y est poursuivi par Octave, déguisé en cannibale, et accepte de sacrifier Angélique pour se sauver.

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1696
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OEuvres lyriques et ballets

Jason. J.-B. Rousseau, mus. de Colasse (15 jan.).
Ariane et Bacchus. Saint-Jean, mus. de Marais (8 mars).
La Naissance de Vénus. Pic, mus. de Colasse. Pastorale (1er mai).
Le Triomphe de la raison sur l'Amour. Jean-Baptiste Lully. Pastorale (Fontainebleau, oct.).
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Adonis. Anon., mus. de Delalande.
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Tragédie

Polixène. La Fosse (3 fév.).
Agrippa, ou la mort d'Auguste. Riupeirous (19 mars).
Polymneste. Genest (12 déc.).
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Comédie

L'Avanturier. Donneau de Visé. 5 a. en prose (2 jan.).
La Foire Saint-Germain. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (19 jan.). Paris, Guillain, 1696.

M. Farfadel, riche et vieux financier, a promis le mariage à plusieurs femmes, dont Urbine, dame de petite noblesse gasconne, et Angélique, fille d'une digne et riche veuve, Mme Bardoux, qui elle même désire épouser le chevalier, frère d'Urbine. Clitandre, qui aime Angélique, a engagé Mlle Mousset et Lorange, deux personnages interlopes de la foire, pour l'aider à se débarasser de la duègne de la jeune fille, Mme Isaac, et à gruger Farfadel. Un spectacle de «figures parlantes» monté par Lorange révèle que Farfadel courtise plusieurs femmes à la fois, convainquant Mme Bardoux de rompre l'engagement et de donner Angélique à Clitandre. Le chevalier, ravi d'épouser la veuve, force Farfadel à honorer la promesse faite à sa soeur.

Arlequin aman malheureux. Comédie-Italienne (Versailles, 21 fév.).
La Suite de La Foire Saint-Germain (ou Les Momies d'Egypte). Regnard et M. du F*** [Dufresny]. 1 a. (19 mars). Théâtre Italien 6.

Arlequin et Colombine découvrent que chacun trompe l'autre avec les époux Jacquemard. Plutôt que de se disputer, ils décident de faire cause commune pour jouer un mauvais tour au couple en se déguisant pour les séduire et leur soutirer de l'argent. Arlequin devient le baron de Groupignac, et Colombine, Léonore. Mme Jacquemard, séduite par Arlequin sous sa nouvelle identité, lui propose de l'épouser dès la mort de son mari. Arlequin l'invite à aller voir les «antiquités d'Egypte» à la foire, et à consulter une sybille qui n'est autre que Colombine déguisée. Les deux héros se transforment alors en momies animées d'Antoine et Cléopatre, et terrorisent les Jacquemard qui leur abandonnent leur argent et leurs bijoux. Finalement, Arlequin et Colombine se démasquent et la pièce se termine par des chansons.

Le Vieillard couru, ou les différents caractères des femmes. Donneau de Visé. 5 a. en prose (24 mars).
Le Maréchal médecin (ou Les Houssarts). 1 a. en prose (23 mai).
Le Bourgeois de Falaise (ou Le Bal). Regnard. 1 a. en vers avec divertissement, mus. de Gilliers (14 juin). Paris, Guillain, 1696.

Léonore aime Valère, mais son père Géronte veut la marier à M. de Sotencour, un bourgeois normand frustre et suffisant. La servante de la jeune fille a fait appel à un cousin gascon, Fijac, pour les aider à empêcher le mariage. Sotencour arrive chez Géronte, suivi d'une troupe de danseurs et de musiciens, auxquels se sont mêlés Valère et son valet Merlin. Valère persuade Léonor de s'enfuir avec lui à la faveur des divertissements qui doivent accompagner les noces. Fijac fait son entrée en «baron d'Aubignac» et réclame à Sotencour le paiement d'une prétendue dette de jeu. Lorsque Sotencour proteste, le hobereau se fait violent, et Géronte intervient pour proposer de soustraire la somme de la dot de Léonore. Lors du bal masqué qui ouvre les festivités, Léonore réussit à s'éclipser avec la complicité de Fijac et fait porter à son père un billet où elle proclame son dégoût pour Sotencour qui, dépité, renonce alors à l'épouser. Géronte décide finalement de la donner à Valère, et la pièce se termine par des danses et des chansons.

Le Moulin de Javelle. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (7 juil.).
Les Bains de la Porte Saint-Bernard. [Boisfranc ?] 3 a. (21 juil.). Théâtre Italien 6.
Les Soeurs rivales. 1 a. (26 juil.).
Les Petits-Maîtres d'été. 1 a. en prose (30 août). Orléans, Jacob, 1696.
Les Eaux de Bourbon. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (4 oct.). Paris, Guillain, 1696.

Le baron de Saint-Aubin, vieux et malade, veut épouser Babet, fille du docteur Grognet, lequel consent au mariage dans l'espoir de voir mourir le vieillard promptement. Toutefois, Babet est déjà secrètement mariée au fils du baron, Valère, capitaine de dragons. Le jeune homme a conçu un stratagème pour tromper son père; portant le même nom que celui-ci, il fait valoir sa signature comme validant son propre mariage, alors qu'il avait feint de l'avoir apposée à titre de témoin. Le mariage «à la dragonne» est ainsi régularisé.

Les Vacances. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (31 oct.). Paris, Guillain, 1696.

Grimaudin s'est déjà débarassé d'un fils en le poussant à s'enrôler, et projette d'en faire autant avec sa fille Angélique en la forçant à épouser un vieux greffier, afin de prendre son prévisible refus comme prétexte pour l'enfermer au couvent. Celle-ci, toutefois, est amoureuse d'un jeune homme et bien résolue à l'épouser. Quoi que procureur à Paris, Grimaudin est d'origine rurale et s'est emparé d'un domaine environnant le village de Gaillardin-en-Brie; il insiste pour que les paysans du lieu viennent l'accueillir en grande cérémonie lors de son arrivée, malgré leur réticence, et il a pour l'occasion invité des confrères de Paris à venir assister au spectacle. Le précédent propriétaire, que le procureur a dépossédé, cherche à se venger et demande à son neveu, l'officier Clitandre, de faire loger sa troupe chez Grimaudin. Une cinquantaine d'hommes font irruption chez celui-ci et terrorisent les invités. A son arrivée, Clitandre découvre qu'Angélique est la jeune fille qu'il aime, et que le fils de Grimaudin est sergent dans sa compagnie sous le nom de Maugrebleu; il propose d'évacuer le château en échange de la main d'Angélique, ce à quoi Grimaudin consent volontiers.

Le Flatteur. Rousseau. 5 a. en prose (24 nov.). Paris, Barbin, 1697.
Le Joueur. Regnard. 5 a. en vers. (19 déc.) Paris, Guillain, 1697.

Angélique et Valère s'aiment, mais comme celui-ci ne peut se résoudre à abandonner les jeux d'argent dont il est passionné, la jeune fille choisit d'épouser son oncle Dorante. Décavé, Valère supplie Angélique de revenir sur sa décision, alors que son père Géronte, heureux de le voir prêt à se ranger, lui propose de l'aider à payer ses dettes. De son côté, la soeur aînée d'Angélique, la comtesse, voudrait épouser soit Dorante soit Valère, mais ni l'un ni l'autre ne s'intéressent à elle; elle se console avec le marquis, aventurier à la belle prestance et fier de ses glorieux ancêtres. Emue par le repentir de son amant, Angélique lui fait don de son portrait dans un cadre serti de bijoux, que le jeune homme s'empresse de mettre en gage chez une usurière, Mme la Ressource, pour pouvoir continuer à jouer. Bien qu'il se remette à gagner, il refuse de payer ses créditeurs ou de recouvrer le portrait. Venue chez la jeune fiancée pour lui proposer des bijoux, Mme la Ressource y amène le portrait, que la servante Nérine intercepte en le faisant acheter par Dorante. A nouveau sans le sou, Valère vient se faire consoler par Angélique; lorsqu'elle lui demande de voir le portrait, il prétend que son domestique Hector l'a égaré, et se voit confondu quand Dorante révèle que l'objet est en sa possession. A la grande déception de la comtesse, le marquis s'avère être non seulement un lâche, mais un imposteur; il est en réalité le cousin de Mme la Ressource à qui il doit toujours l'argent emprunté pour son équipage. Démasqué et humilié, il se retire et laisse la comtesse sans espoir de jamais trouver un mari. Abandonné par sa fiancée et déshérité par son père, Valère croit encore que le jeu lui permettra de se redresser un jour.

Le jugement des Parfaict, selon qui cette oeuvre marquerait la renaissance de la comédie de caractère, est surtout fondée sur sa carrière ultérieure (elle est restée au répertoire jusqu'en 1911), car d'autres pièces semblables (dont L'Homme à bonne fortune de Baron) obtinrent un plus vif succès en leur temps. C'est également écarter un peu vite l'hypothèse d'un plagiat, ou du moins d'un abus de confiance de Regnard aux dépends de son co-auteur Dufresny, ce qui hypothèquerait quelque peu la valeur du Joueur.

Arlequin misanthrope. B*** [Louis Biancolelli?] 3 a. (22 déc.). Théâtre Italien 6.
Arlequin toujours Arlequin. Comédie-Italienne (Versailles, 29 déc.).

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1697
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OEuvres lyriques et ballets

Vénus et Adonis. J.-B. Rousseau, mus. de Desmarets (17 mars).
Méduse. Boyer, mus. de Gervais (19 mai).
Aricie. Pic, mus. de La Coste. Opéra-Ballet en 5 a. (9 juin).
Issé. Houdar de la Motte, mus. de Destouches. Pastorale héroïque en 3 a. (7 oct.).
L'Amour fléchi par la Constance. Anon., mus. de Delalande (Fontainebleau, oct.).
L'Europe galante. Houdar de la Motte, mus. de Campra. Opéra-Ballet (24 oct.).
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Tragédie

Scipion l'africain. Pradon (22 fév.).
Oreste et Pilade. La Grange-Chancel (11 déc.).
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Comédie

Pasquin et Marforio, médecins des moeurs. M. du F*** [Dufresny] et B*** [Louis Biancolelli?] 3 a. (3 fév.). Théâtre Italien 6.
Le Chevalier joueur. Dufresny. 5 a. en prose et prologue (27 fév.). Paris, Ballard, 1697.

Angélique a deux amoureux : le chevalier, jeune et beau, mais joueur invétéré, et Dorante, un homme mûr et rassis. Elle préfère le chevalier, mais sa suivante Dorine veut l'empêcher de donner suite à cet amour; aussi encourage-t-elle la comtesse, qui est également amoureuse du jeune homme, à payer les dettes de celui-ci pour qu'il puisse continuer à jouer et dégoûter ainsi Angélique par l'endurcissement de son vice. Le chevalier arrive à convaincre Angélique qu'il a renoncé au jeu, mais se hâte d'aller à nouveau tenter sa chance lorsqu'il reçoit l'argent de la comtesse. C'est en vain que la jeune fille essaie de l'en détourner, et, lorsqu'il gagne une grosse somme, il refuse de rembourser ses créditeurs --- y compris la comtesse --- et préfère continuer à jouer en espérant accroître encore ses gains. Sa chance ayant tourné une fois de plus, le chevalier perd tout ce qu'il avait gagné, ainsi qu'un portrait d'Angélique serti de pierres précieuses. La jeune femme accepte néanmoins de le pardonner et lui propose même de l'épouser, à condition que ce soit elle qui garde le contrôle de l'argent du ménage. Incapable d'accepter une telle dépendance, le chevalier refuse et cherche à rentrer dans les bonnes grâces de la comtesse; mais celle-ci, consciente que seul son argent intéresse le joueur, le rejette à son tour. Angélique, guérie de son amour, décide d'épouser Dorante.

Cette pièce était-elle tellement inférieure au Joueur de Regnard pour tomber dès sa première? Tout laisse à penser que le public n'était tout simplement pas enclin à voir une copie conforme. L'échec précipita la rupture entre les deux auteurs, d'autant plus que Regnard avait cessé d'écrire pour les Italiens, et que Dufresny s'était trouvé un nouveau partenaire, Louis Biancolelli.

Les Fées, ou les contes de ma mère l'oye. M. du F*** [Dufresny] et B*** [Louis Biancolelli?] 1 a. (2 mars). Théâtre Italien 6.
La Fille médecin. 1 a. en prose (9 mars).
Spinette lutin amoureuse. Comédie-Italienne (Avril).
Le Lourdaut. De Brie. 1 a. (8 mai).
Le Bourget. [Dancourt?] 1 a. en prose et divertissement, mus. de Grandval (23 mai).
Les Empiriques. Brueys. 3 a. en prose. OEuvres de théâtre, Paris, Ribou, 1711. (4 juin)
La Loterie. Dancourt. 1 a. en prose (10 juil.). Paris, Guillain, 1697.

Eraste, commis de douane, aime Marianne, fille d'un traffiquant italien, Sbrigani; mais celui ci projette de la donner en mariage à un exempt marron en échange de sa protection dans l'organisation d'une loterie destinée à dépouiller les naïfs. Menacé par la foule des perdants qui encercle sa maison, Sbrigani se voit forcé de consentir au mariage de sa fille avec Eraste, dont l'oncle offre de calmer les mécontents.

Récemment introduites en France, les loteries y connaissaient un grand succès, en dépit des possibilités évidentes d'escroquerie; le gouvernement organisa même une loterie nationale dès 1700. L'anecdote qui a inspiré Dancourt impliquait un antiquaire italien nommé Fagnani, qui avait promis un lot à tout participant de sa loterie, mais distribua des colifichets sans valeur et se partagea avec des comparses les meilleurs lots achetés avec le produit de la vente des billets. Le personnage de Sbrigani et l'arnaque qu'il met au point grâce à la complicité d'un officier corrompu jouent sur la fascination d'un public mi-scandalisé, mi-séduit par ces traffics financiers où les affairistes étaient censés accumuler de mirifiques fortunes en peu de temps.

Le Charivari. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (19 sept.). Paris, Ribou, 1697.

Mme Loricart, riche veuve, aime son jardinier Thibault et veut l'épouser, en dépit des hésitations de celui-ci. Angélique, Marianne et Mathurine, repectivement fille, nièce et servante de Mme Loricart, sont courtisées par Eraste, Clitandre et l'Olive, qui arrivent au village déguisés en paysans et décident de s'unir pour faire aboutir leurs amours en gagnant la sympathie de Thibault. Mme Loricart presse Thibault de signer le contrat de mariage, mais celui-ci est d'autant moins séduit par cette idée qu'un charivari se prépare au village à leur intention. Menacé par la meunière qui veut le rosser à coup de bâton, puis rassuré par Mathurine, il n'accepte qu'à condition d'être reconnu comme seul maître du ménage, et exige alors que Mme Loricart consente au mariage d'Angélique, de Marianne et de Mathurine.

L'Enfant gâté. 1 a. (23 août).
Le Retour des Officiers. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (19 oct.). Paris, Ribou, 1698.

Mme Thomas, veuve de greffier, veut marier sa fille Henriette à un collecteur d'impôts, Rapineau, et sa nièce Isabelle à un conseiller, Des Baliveaux, bien que les jeunes filles soient amoureuses respectivement d'Eraste et Clitandre, deux officiers qu'elles ont rencontrés l'hiver précédent. Croyant s'attirer les bonnes grâces d'Isabelle, le conseiller échange sa charge contre le brevet de Clitandre sur les conseils de la suivante Toinette, et parce qu'il estime que tout risque est écarté, la guerre venant de se terminer. Cependant, Mme Thomas refuse de donner sa nièce à un officier, et décide de la marier à Clitandre; elle éconduit également Rapineau, après avoir découvert qu'il est d'origine paysanne et qu'il a maltraité son frère pour nourrir ses ambitions. Elle accepte de donner Henriette à Eraste s'il consent pour sa part à prendre la charge de président d'un grenier à sel que son oncle lui a proposé.

Le Distrait. Regnard. 5 a. en vers (2 déc.). Paris, Ribou, 1698.

Isabelle et le chevalier s'aiment et leur oncle, Valère, voudrait que les jeunes gens puissent se marier selon leurs v¦ux; mais Isabelle a été fiancée par sa mère, Mme Grognac, à Léandre, qui de son côté aime Clarice, s¦ur du chevalier. Le chevalier s'étant introduit chez Isabelle sous prétexte de lui donner une leçon d'italien, est démasqué par Mme Grognac. A la suite d'un quiproquo causé par la distraction de Léandre, Isabelle et Clarice suspectent celui-ci de duplicité. Le chevalier tente en vain de convaincre Clarice de renoncer au mariage pour qu'il puisse hériter seul de la fortune de son oncle. Léandre, qui par méprise a envoyé à Isabelle une lettre destinée à Clarice, arrive néanmoins à se justifier auprès de cette dernière, mais apprend peu après que son oncle l'a déshérité; Mme Grognac refuse alors de lui accorder la main de sa fille jusqu'à ce que Valère se décide à lui léguer ses biens et à doter Clarice généreusement.

L'échec de cette deuxième incursion de Regnard dans le domaine de la grande comédie de moeurs (quatre représentations) nous permet de relativiser l'étendue d'un talent mis en valeur dans Le Joueur. En dépit de la référence illustre (Léandre est inspiré du Ménalque de La Bruyère), cette comédie ne va pas très loin dans l'étude d'un caractère qui offre surtout prétexte à d'amusantes scènes de distraction.

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1698
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OEuvres lyriques et ballets

Vénus, fête galante (ou Les Fêtes galantes, titre d'une reprise en 1740). Duché de Vancy, mus. de Campra et Destouches. Opéra-Ballet, 3 a. (Janv. chez la duchesse de la Ferté).
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Tragédie

Manlius Capitolinus. La Fosse (18 jan.).
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Comédie

Le Marquis de l'industrie. 5 a. (25 jan.).
Les Curieux de Compiègne. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (4 oct.). Paris, Ribou, 1698.

Clitandre, officier stationné au camp de Compiègne, est tombé amoureux d'Angélique, fille de bourgeois parisiens venus en visite. Malgré son impécuniosité, Clitandre refuse de suivre l'avis de son valet Frontin, qui lui conseille d'abandonner l'armée pour se faire bandit de grand chemin. Le compagnon de Clitandre, le chevalier de Fourbignac, courtise la tenancière d'une auberge, qui le repousse mais lui suggère d'épouser une riche bourgeoise, Mme Robin, quoique celle-ci soit fiancée à M. Mouffard, ami du père d'Angélique, M. Valentin. Lorsque Mouffard et Valentin, costumés en officiers par jeu, sont arrêtés comme espions et menacés de torture, Clitandre et le Chevalier les font libérer, non sans avoir exigé la promesse d'obtenir en mariage Angélique et Mme Robin respectivement.

Une fois de plus, Dancourt donne une pièce de circonstance, car en cet automne «Il n'était question que de Compiègne, où soixante mille hommes venaient former un camp» pour des man¦uvres militaires auxquelles assistent Louis XIV, toute la cour, le gratin de l'armée, les ambassadeurs et même le roi d'Angleterre (alors en exil à Saint-Germain); l'exercice tourna au spectacle d'une «magnificence inouïe», rapporte Saint-Simon (Mémoires, année 1698). L'épisode ayant duré du 28 août au 24 septembre, on voit que Dancourt et ses camarades ont dû travailler fort vite pour pouvoir ouvrir le 4 octobre; ils furent récompensés de leurs efforts (25 représentations), même si la pièce était destinée à l'oubli du fait même de son à-propos.

Mirtil et Mélicerte. Guérin d'Estriché (d'après Molière). Pastorale en trois actes, intermèdes et divertisement, mus. de Delalande et Banzi (Fontainebleau, 6 oct.).
Le Mari retrouvé. Dancourt. 1 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (29 oct.). Paris, Ribou, 1699.

Le meunier Julien et sa femme Julienne sont en désaccord sur le gendre à chosir pour leur nièce Colette; lui veut la donner à un bailli, et elle souhaite suivre l'inclination de la jeune fille, qui aime Clitandre, un jeune hobereau, dont le valet Lépine convoite Julienne. Julien ayant subitement disparu, sa femme pense se remarier avec l'un des ses employés, Charlot, qui est aimé de Mme Agathe et amoureux de Colette. On apprend finalement que Julien s'est établi à Nemours, et qu'il veut se mettre en ménage avec une autre femme; de retour au moulin pour y prendre ses affaires, il doit affronter la colère de sa femme, qui le menace de poursuites pour bigamie. Le bailli lui suggère alors de disparaître à nouveau en se faisant passer pour mort, et de faire accuser sa femme de l'avoir supprimé. Charlot se porte témoin à charge et dénonce Clitandre et Lépine comme complices; le bailli s'apprête à les arrêter lorsque Lépine ramène Julien qui avoue la machination. Inquiet d'une possible compromission pour faux témoignage, le bailli retire ses accusations, ce qui permet le mariage de Clitandre et Colette.

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1699
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OEuvres lyriques et ballets

Le Carnaval de Venise. Regnard, mus. de Campra. Comédie-Ballet, 3 a. (20 jan.).
Amadis de Grèce. Houdar de la Motte, mus. de Destouches (25 mars).
Coronis. Morel, mus. de Mathaut (18 sept.).
Marthésie, reine des Amazones. Houdar de la Motte, mus. de Destouches (11 oct.).
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Tragédie

La Mort d'Othon. Belin (5 jan.).
Méléagre. La Grange-Chancel (18 jan.).
Gabinie. Brueys (14 mars).
Jonathas. Duché de Vancy (Saint-Cyr, 5 déc.).
Ariarathe. L'Enfant de Saint-Gilles (30 oct.).
Athénaïs. La Grange-Chancel (20 nov.).
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Comédie

La Veuve. Champmeslé. 1 a. en prose (30 juil.). Ms. Comédie-Française. Publiée dans J.-F. Privitera, Charles Chevillet de Champmeslé, Baltimore, Johns Hopkins, 1938.
La Noce interrompue. Dufresny. 1 a. en prose et divertissement (19 août). Paris, Ribou, 1699.

Le comte, amoureux de la filleule de sa femme, Nanette, projette d'en faire sa maîtresse tout en la mariant à Lucas, un paysan de son domaine. De son côté, Nanette est amoureuse d'un timide jeune homme, Dorante. La noce semble devoir se faire lorsqu'elle est interrompue par l'annonce que la dot de cinq cent francs promise par le comte à Nanette ne sera pas délivrée. Adrien, valet du comte, révèle les projets de son maître à la comtesse, qui résolut d'enfermer sa filleule au couvent; il avertit ensuite Lucas et propose de lui substituer un de ses cousins. C'est en fait Dorante, jouant le paysan naïf, qui se présente devant le comte, lequel ratifie le contrat de mariage avant de s'apercevoir qu'il a été dupé.

La Marquise imaginaire. 1 a. (23 sept.).
L'Entêtement ridicule. 1 a. (15 oct.).
Les Fées. Dancourt. 3 a. en prose, avec prologue, intermèdes et divertissement, mus. de Delalande, ballets de Beauchamps (Fontainebleau, 29 oct.).
La Malade sans maladie. Dufresny. 5 a. en prose (27 nov.). OEuvres de M. Rivière du Frény, Paris, Briasson, 1731.

La malade, bourgeoise aisée, se croit atteinte de toutes sortes de maux, encouragée en cela par son amie Lucinde qui espère bien être nommée légataire au détriment de l'héritière présomptive, Angélique. Par ailleurs, un riche parent de l'hypocondriaque lui a légué sa fortune (dont aurait également dû hériter Angélique) sur les conseils d'un escroc, le marquis de Faussenville. En réalité, Faussenville a l'intention d'utiliser le testament, qu'il détient, pour épouser soit la malade, soit Angélique. Apprenant que c'est Lucinde qui doit hériter de la fortune, il menace de la dénoncer si elle ne lui signe pas une promesse de mariage stipulant que l'argent de la malade servira de dot. Celle-ci hésite néanmoins à léguer son bien à Lucinde, car elle voudrait épouser le jeune Valère, amoureux d'Angélique. Sa suivante Lisette la persuade de consulter un docteur --- en fait le valet de Faussenville déguisé --- qui la décourage de se marier; la malade déjoue involontairement les plans des aigrefins en voulant à tout prix que Lucinde épouse Valère pour qu'ils puissent profiter ensemble de sa fortune. Lucinde est démasquée lorsque Faussenville cherche à faire valoir ses droits; la malade, désabusée, consent alors à l'union de sa nièce avec Valère, et lègue son argent aux jeunes gens.

La Famille à la mode (ou Les Enfans de Paris, ou Finette). Dancourt. 5 a. en vers (18 déc.). Publiée sous le titre Les Enfans de Paris, Paris, Ribou, 1705.

Harpin, veuf cupide, voudrait faire embastiller son fils Clitandre et mettre sa fille Angélique au couvent pour s'approprier leur héritage, convaincre sa riche soeur Mme Argante de faire de lui son légataire universel, et enfin épouser une jeune veuve, Climène, amoureuse de Clitandre. Grâce aux bons offices de la suivante Finette, l'amant d'Angélique, Valère, s'introduit dans le logis sous les traits ridicule de M. Boniface. Harpin a l'idée de donner à sa fille le choix entre le couvent et Boniface, persuadé qu'elle optera pour la première solution; la jeune fille ayant choisi le mariage, il se trouve forcé d'honorer sa promesse. Harpin tente alors de tromper sa s¦ur, mais celle-ci est prévenue des projets du vieil homme par Finette, et refuse de lui donner le moindre argent en héritage. En revanche, elle dote richement Clitandre et Angélique, leur permettant ainsi de se marier à leur guise, et insiste pour qu'Harpin leur rétrocède la fortune laissée par leur mère. Impliqué dans une affaire d'usure, Harpin se voit menacé d'incarcération par le commissaire qu'il avait fait venir pour arrêter son fils.

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1700
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OEuvres lyriques et ballets

Le Roy de la Chine. Philidor (Versailles, 7 jan.).
La Noce de village. J.-B. Rousseau, mus. de Delalande (Marly, 4-5 fév.).
Le Triomphe des arts. Houdar de la Motte, mus. de La Barre. Opéra-Ballet en 5 entrées (16 mai).
Canente. Houdar de la Motte, mus. de Colasse (4 nov.).
Hercule et Omphale. Houdar de la Motte, mus. de Destouches (10 nov.).
Hésione. Danchet, mus. de Campra (21 déc.).
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Tragédie

Thésée. La Fosse (5 jan.).
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Comédie

Démocrite. Regnard. 5 a. en vers (12 jan.). Paris, Ribou, 1700.

La reine d'Argos s'est remariée avec le roi d'Athènes, à condition que sa fille Isabelle épouse le successeur de ce dernier s'ils n'ont pas d'autres enfants. Lorsqu'elle donne naissance à une fille, Criséis, la reine lui substitue un enfant mort-né et ordonne à sa suivante Cléanthis de confier le bébé à des paysans. Le père adoptif de Criséis, Thaler, approvisionne Démocrite, philosophe cynique qui s'est retiré du monde et vit dans une grotte avec son domestique Strabon. Démocrite, malgré son dégoût pour l'humanité, s'est laissé émouvoir par les charmes purs de la jeune Criséis; mais le nouveau roi d'Athènes, Agélas, égaré au cours d'une chasse, est également tombé amoureux de la jeune fille et veut la séduire. Pour effacer les soupçons, il invite tout le petit groupe à séjourner à la cour, y compris Thaler et Strabon, lequel tombe bientôt amoureux de Cléanthis --- ignorant bien sûr qu'elle n'est autre que sa propre femme, qu'il avait abandonnée vingt ans auparavant. Démocrite, effaré de la vanité et de l'absurdité de l'existence des courtisans, découvre en outre que Criséis est sensible aux attentions du roi. Lorsqu'Agélas demande à Criséis de l'épouser, Isabelle cherche à faire valoir ses droits, mais un bracelet et le témoignage de Thaler et de Strabon identifient la jeune fille comme prétendante légitime. Isabelle épousera néanmoins le prince Agénor, alors Strabon et Cléanthis décident de reprendre leur vie commune, et que Démocrite, renforcé dans sa misanthropie, repart vivre dans son ermitage.

Située dans une antiquité de convention, la troisième grande comédie de Regnard combine des éléments romanesques à une veine moralisante (le personnage du philosophe rappelle fortement celui de l'Esope de Boursault), ainsi qu'au thème déjà familier, mais encore promis à un bel avenir, de la corruption qui règne la cour et les intrigues de palais, vertueusement rejetées par le héros qui leur préfère son rustique ermitage.

Le Retour imprévu. Regnard. 1 a. en prose (11 fév.). Paris, Ribou, 1700.

En l'absence de son père Géronte, Clitandre dissipe en compagnie de son amante Lucile la fortune familiale et en arrive même à devoir vendre ses meubles pour payer ses créditeurs. Lorsque Géronte retourne à l'improviste, Clitandre lui fait dire par son valet Merlin qu'il n'est pas au logis pour avoir le temps d'effacer les traces d'une fête qu'il est en train d'y donner en galante compagnie. Arrive alors un usurier, M. André, venu réclamer son dû à Clitandre; Merlin lui assure que l'argent a été dépensé pour acheter à vil prix la maison de Mme Bertrand, tante de Lucile, qui aurait perdu la raison. Géronte félicite son fils de son sens des affaires et promet à André qu'il le remboursera le lendemain, mais lorsqu'il veut entrer chez lui Merlin tente de l'en empêcher en prétendant que la maison est hantée et qu'une sorcière venue l'exorciser a localisé un esprit malin dans la cave. Géronte revèle alors qu'il a justement dissimulé un trésor dans cette cave, et, effrayé, décide d'aller s'installer dans la maison de Mme Bertrand, qu'il croit être sa propriété. Alors que les comparses de Clitandre s'emparent du trésor, Merlin va avertir Mme Bertrand que Géronte est devenu fou; lorsque ces derniers se rencontrent, ils s'accusent mutuellement de démence jusqu'à l'arrivée du marquis, compagnon de débauche de Clitandre, qui, entre deux vins, apprend à Géronte que son fils s'est moqué de lui. Le jeune homme vient lui-même avouer sa faute, mais promet à son père de lui faire retourner son trésor s'il consent à son mariage avec Lucile.

La Fête de village (ou Les Bourgeoises de qualité). Dancourt. 3 a. en prose et divertissement, mus. de Gilliers (13 juil.). Paris, Ribou, 1700.

M. Blandineau, procureur au Châtelet, passe l'été dans un village avec sa femme et sa belle-soeur, qui ont toutes deux des rêves de grandeur. Cette dernière, veuve d'un greffier, fait l'objet de la convoitise de Nacart, procureur de la Cour qui demande à Blandineau de favoriser son dessein. La greffière, toutefois, a l'intention d'épouser un jeune comte sous la tutelle de Nacart --- et qui est aimé de sa nièce Angélique, au grand dam de Mme Blandineau. Lorsqu'elle apprend en outre qu'une de leurs connaissances, Mme Carmin, femme d'un commerçant, a acheté un office à son mari et se fait appeler «Madame la présidente», Mme Blandineau force son mari a acquérir un baronnat. Le comte aux abois envisage d'épouser la greffière, mais Angélique le menace de se donner à Nacart et il renonce à son projet. Nacart fait alors établir un contrat de mariage pour la greffière et lui-même, et un autre pour Angélique et le comte; il surmonte la résistance initiale de la greffière en spécifiant qu'il jouira du titre de comte jusqu'à sa mort, après quoi les jeunes gens hériteront du total de sa fortune.

L'Esprit de Contradiction. Dufresny. 1 a. en prose (27 août). Paris, Vve Barbin, 1700.

Angélique nourrit pour Valère un amour secret dont nul, même l'intéressé, ne se doute. Sa mère Mme Oronte, femme forte qui a la folie de la contradiction, hésite entre deux gendres, Valère et un riche commerçant, Thibaudois; avant de se décider, elle voudrait connaître l'inclination d'Angélique et l'opinion de son mari, mais seulement pour pouvoir les contrarier. En vain interroge-t-elle le jardinier Lucas, qu'elle renvoie par dépit mais qu'elle conjure de rester lorsqu'il lui réplique qu'il allait justement s'en aller. Lucas suggère à Oronte de favoriser Valère, pour que sa femme choisisse Thibaudois; Angélique fait envoyer à sa mère une lettre anonyme la prévenant que son mari tente de la tromper, et s'arrange pour faire croire à Valère qu'elle lui préfère son rival, ce qui a pour effet d'enrager le jeune homme, qui renonce à l'épouser. Croyant aller à l'encontre des désirs de tous, Mme Oronte fait établir un contrat de mariage entre sa fille et Valère; Angélique signe mais se déclare convaincue que son père refusera de s'exécuter. Ce dernier signe aussi, craignant d'incommoder son épouse et persuadé que Valère ne veut plus d'Angélique, si bien que Valère n'a plus qu'à parapher le document à son tour; c'est trop tard que Mme Oronte se rend compte qu'on l'a dupée.

La Défaite de Darius. Bertrand (Marionnettes), foire Saint-Laurent.
Le Gros Lot de Marseille. 1 a. (23 sept.).
Les Trois Cousines. Dancourt. 3 a. en prose, prologue, intermèdes et divertissement, mus. de Gilliers (18 oct.). Paris, Ribou, 1700.

Une meunière, veuve depuis plus d'un an, veut se remarier et hésite entre plusieurs partis: le valet Lépine, le fils du curé, Giflot qui sont pour leur part amoureux de ses filles Louison et Marotte, et Blaise, employé au moulin, qui aime Colette, fille naturelle de la meunière qui passe pour sa nièce. A la faveur de la mésentente entre la meunière et son beau-frère de Lorme, les trois hommes et les trois filles s'en vont faire ensemble un «pélerinage amoureux» qui tourne court, mais laisse peser les plus lourds soupçons sur la vertu des jeunes paysannes. Lorsque Lépine, Giflot et Blaise offrent d'épouser ces dernières sans exiger de dot, la meunière et de Lorme acceptent, croyant au pire. Le bailli dont la meunière avait sollicité le conseil se propose alors lui-même comme époux, et promet de trouver une femme pour de Lorme.

Cette pièce est donnée pour exemple de «haut comique» par Rémond de Sainte-Albine (Le Comédien, 1747), selon qui elle prouverait que «le comique peut être fin, sans que les personnages soient d'une condition fort relevée».

Le Capricieux. Rousseau. 5 a. en vers (17 déc.). Paris, Brunet, 1701.

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