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| Guide
de la phrase complexe |
| ©
2008 Dr. Guy Spielmann
Dernière mise à jour: 25
janvier 2009 |
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Rappels: Qu'est-ce qu'un texte? Qu'est-ce
qu'une phrase?
Comme
la plupart des notions apparemment intuitives, celle de texte
et de phrase sont
à la fois évidentes à comprendre dans le
contexte de l'usage courant, et quasiment impossibles à
définir de façon formelle. Sans donc entrer dans
les diverses théories qui se proposent de le décrire
ou d'en expliquer le fonctionnement, nous dirons qu'un
texte est un ensemble d'énoncés
(d'unités du discours) qui présente une certaine
cohérence du point de vue de la production et/ou de la
réception, et qui peut être saisi et compris («lu»)
comme un tout indépendant. Dans la plupart des
textes écrit, les énoncés sont des phrases,
qui sont groupées en éléments intermédiaires:
paragraphes (prose narrative), tirades (théâtre),
strophes ou versets (poésie).
Un texte peut donc ne comporter
que quelques mots—une petite annonce, la légende
d'une photo, un haiku—ou plusieurs millions—Guerre
et paix, A la recherche du temps perdu, l'annuaire
du téléphone. Il présente généralement
une fonction communicative identifiable (informative,
expressive, délibérative, narrative, etc), et se
range souvent dans un type, déterminé par
des critères de forme (d'ailleurs relativement variables)
plutôt que de fonction: essai, sonnet, roman, compte-rendu,
éloge funèbre, dissertation, rapport de police,
tragédie, liste de courses, etc.
De même, la phrase
peut se définir intuitivement comme l'unité
du langage supérieure au mot et qui contient au moins un
verbe conjugué. Cette définition—extrêmement
problématique en réalité—est celle
de la grammaire traditionnelle, que nous retiendrons ici provisoirement
pour sa valeur opératoire. A l'écrit, on peut considérer
qu'une phrase est une séquence de mots qui se trouve
entre deux points (y compris le point d'exclamation et
d'interrogation), définition empirique mais qui a le mérite
de bien fonctionner pour l'identification.
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| La phrase simple
Du point
de vue technique de la production, le texte écrit non-poétique
se compose donc de phrases, qui peuvent être regroupées
en unités intermédiaires (le paragraphe, le chapitre...).
Cela ne veut pas dire pour autant qu'il suffise de produire une
série de phrases pour faire un texte, car la composition
du texte obéit à certaines exigences de cohérence
interne, d'équilibre, d'organisation des énoncés—variables
selon le genre.
La
phrase, dans sa forme la plus élémentaire, correspond
à une proposition (ou «phrase simple»)
constituée par l'association d'un sujet
(ce dont on parle)
et d'un prédicat
(ce qu'on dit sur
le sujet) qui inclut généralement un verbe et ses
compléments. |
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P H R A S E
«Le président a
prononcé un discours devant l'assemblée» |
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Sujet |
Prédicat |
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Groupe Nominal |
Groupe verbal |
Complément d'objet
direct (COD) |
Complément circonstanciel
(prépositionnel) |
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Le président |
a prononcé |
un discours |
devant
l'assemblée |
 |
Il
ne faut pas confondre la longueur d'une phrase et
sa complexité; ainsi, on peut ajouter toutes
sortes de compléments ou d'adjectifs qui enrichissent
le sujet et le prédicat sans changer le statut de
la phrase elle-même. La phrase suivante n'est donc
pas structurellement plus complexe que la précédente:
Soucieux
de donner une image positive de son ambitieuse politique
monétaire et fiscale, le président
a prononcé hier
soir vers les dix-huit heures un discours particulièrement
bien reçu par une assemblée nationale en
pleine crise de confiance.
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Voir la carte
et le schéma
de la phrase verbale (Ressource BEPP/Laval)- Le document sur l'analyse
de la phrase
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La
phrase complexe
Plusieurs
propositions peuvent être liées entre elles pour
former une phrase complexe, qui aura plusieurs verbes et
parfois (mais pas toujours) plusieurs sujets. Afin de lier correctement
les propositions (P1, P2, P3...) il faut:
1. décider quel est le rapport conceptuel
entre elles: par exemple, addition (P1 s'ajoute à
P2), contradiction (P1 s'oppose à P2), cause
ou conséquence (P1 explique P2, ou vice-versa),
etc.
2.
déterminer si les phrases doivent être
hiérarchisées—c'est à dire si ce
qu'elles expriment a plus ou moins d'importance pour l'énonciateur—,
auquel cas on procèdera à une subordination;
si elles sont de valeur égale, elles peuvent être
simplement coordonnées.
3. déterminer comment on peut matérialiser
ce rapport: conjonctions
de coordination et de subordination, pronoms relatifs,
prépositions et locutions prépositives
(avec l'infinitif), adverbes et locutions adverbiales
(après une ponctuation forte).
4. vérifier qu'on a bien opéré tous
les ajustements nécessaires pour que la nouvelle phrase
soit correcte et cohérente: harmoniser les temps
verbaux («concordance des temps»), supprimer les
éventuelles répétitions (en utilisant
des pronoms, par exemple), etc.
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|
| La
coordination
Lorsque
des propositions sont sur le même plan, et qu'il n'existe
entre elles aucune hiérarchie, on peut utiliser les conjonctions
de coordination, de préférence après
une virgule:
mais (contradiction)
ou (alternative)
et /ni (addition)
donc (conséquence)
or (contraste)
car (cause)
Ainsi, à
partir de
(1) «Le président a prononcé
un bon discours.»
et
(2) «Le président n'a pas convaincu
les députés.»
on peut faire la
phrase suivante:
«Le
président a prononcé un bon discours,
mais il
n'a pas convaincu les députés.»
Il est possible
d'utiliser une conjonction de coordination même si le sujet
change, mais il faut bien faire attention à ce que les
propositions soient équivalentes. Ainsi,
«Le
président a prononcé un bon discours, mais les
députés n'ont pas eu l'air convaincu.»
est tout à
fait licite, alors que
?? «Le
président a prononcé un bon discours, mais les
membres de son propre parti avaient exprimé des doutes
sur sa capacité à gouverner.»
n'est pas satisfaisante,
car non seulement le sujet et le temps, mais la relation de contradiction
ont changé par rapport au premier exemple. Le doute des
membres du parti n'a pas d'incidence sur la qualité du
discours: il constitue un élément d'information
qui permet de comprendre que, selon l'énonciateur,
la qualité du discours donne tort à des jugements
négatifs portés sur le président, mais sans
rapport direct avec la prononciation du discours. Dans les phrases
précédentes, en revanche, il était question
de l'effet immédiat produit par le discours sur l'auditoire.
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La
subordination
Lorsque
les propositions ne sont pas parallèles ou équivalentes,
il faut recourir à la subordination, c'est-à-dire
les organiser hiérarchiquement à partir de l'idée
centrale de la phrase que représente la proposition principale:
proposition
principale |
conjonction
de subordination |
proposition subordonnée |
| Le président a prononcé
un bon discours, |
bien que |
les membres de son propre parti eussent
exprimé des doutes sur sa capacité à
gouverner. |
Les conjonctions de subordination
Pour construire cette phrase, on a utilisé
la conjonction de subordination, «bien que»,
et il a fallu modifier le mode du verbe de la subordonnée
(eussent exprimé , imparfait du subjonctif, à
la place du plus-que-parfait de l'indicatif).
Ici, la prononciation du discours
par le président constitue «l'idée principale»,
le point de focalisation de cette phrase, mais principale
et subordonnée peuvent parfois facilement s'intervertir;
il n'y a ainsi pas grande différence entre «Bien
que le président ait prononcé un bon discours, les
députés n'ont pas été convaincus.»
et «Bien que les députés n'aient pas été
convaincus, le président a prononcé un bon discours.»
Par contre, dans
une phrase comme
«Bien
qu'il fasse mauvais, je vais faire une promenade.»
le point de focalisation
ne peut pas être simplement renversé
?? «Bien
que j'aille faire une promenade, il fait mauvais.»
En effet, il existe
une contrainte de subordination entre ces deux propositions parce
que le temps qu'il fait peut être un facteur dans ma décision
de sortir en promenade, alors que ma décision de sortir
en promenade n'a évidemment aucune incidence sur le temps
qu'il fait.
De même, on ne peut pas intervertir
la focalisation de la phrase «Le président a prononcé
un bon discours, bien que les membres de son propre parti eussent
exprimé des doutes sur sa capacité à gouverner
», car la contradiction exprimée dans la subordonnée
se double d'une antériorité: l'expression des doutes
précède le discours.
Quelques conjonctions
de subordination:
Cause: comme, parce que, puisque, étant donné
que, vu que, sous prétexte que (indicatif)
But: afin que, de façon à ce que, de manière
que, pour que (subjonctif)
But négatif (lorsqu'il s'agit d'éviter
une certaine conséquence) de peur/crainte que (subjonctif)
Comparaison: comme, de même que, ainsi que, plus/moins
que (indicatif)
Concession: quoique, quoi que, bien que, malgré
que (subjonctif)
Restriction: même si (indicatif ), encore que,
en admettant que (subjonctif)
Restriction alternative: tandis que, alors que (indicatif)
Condition: si, même si (indicatif), au cas où
(conditionnel), à condition que, pourvu que, à
supposer que (subjonctif)
Condition négative: à moins que (subjonctif),
sauf si, faute de quoi (indicatif)
Simultanéité: au moment ou, en même
temps que, pendant que, tandis que, alors que, lorsque, quand
(indicatif)
Antériorité: avant que, jusqu'à
ce que, en attendant que (subjonctif)
Postériorité: après que, dès
que, aussitôt que, une fois que (indicatif)
Proportion: à mesure que, chaque fois que, toute
les fois que (indicatif)
Conséquence: a tel point que, si bien que, au
point que, de sorte que, de façon que, si/tellement/tant...
que (indicatif)
Toutes les
conjonctions de subordination admettant l'indicatif admettent
également le conditionnel, sauf «(même) si»
Voir
la Carte des conjonctions (ressource
BEPP/Laval)
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Les
prépositions et locutions prépositives
Lorsqu' on lie deux propositions qui ont
le même sujet et dont les verbes sont au même temps,
il est préférable de remplacer la conjonction de
subordination par une préposition ou une locution
prépositive lorsque cela est possible; le verbe
de la subordonné se met alors à l'infinitif et son
sujet y est omis:
J'arrive au bureau
très tôt afin que mon patron puisse
admirer ma ponctualité.
conjonction
de subordination
+ subjonctif
mais
Je me lève
très tôt afin de pouvoir arriver au
bureau à l'heure.
préposition
+ infinitif
On parle alors
de proposition subordonnée infinitive.
Quelques prépositions et locutions prépositives
suivies de l'infinitif:
Cause: pour (avec l'infinitif passé)
But: afin de, de façon à, de manière
à, pour, dans le but de, de sorte à, sous prétexte
de
But négatif (lorsqu'il s'agit d'éviter
une certaine conséquence) de peur/crainte de
Exclusion: sans
Contraste: loin de
Conséquence négative: à défaut
de, faute de
Substitution: au lieu de, plutôt que de
Condition: à condition de
Condition négative: à moins de, sauf à
Antériorité: avant de, en attendant de
Postériorité: après (avec l'infinitif
passé)
Conséquence: a force de, au point de, jusqu'à
Alternative: Quant à
 |
Il
est important de noter que l'emploi des conjonctions et
des prépositions n'est pas toujours parallèle,
même s'il suffit parfois de passer du «que»
au «de» et de mettre le verbe à l'infinitif.
D'autre part, le sens peut changer d'un emploi à
l'autre: par exemple, jusqu'à ce que a une
valeur temporelle neutre, alors que jusqu'à +
infinitif indique le résultat (généralement
négatif) d'un processus: «Il a travaillé
jusqu'à ce que la bibliothèque ferme»,
mais «Il a travaillé jusqu'à ne plus
pouvoir garder les yeux ouverts». |
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Les adverbes et locutions adverbiales
Après
une ponctuation forte (; : —), dans une phrase longue
et/ou comportant déja plusieurs propositions, on indique
le rapport entre deux propositions à l'aide d'adverbes
et de locutions adverbiales placés immédiatement
après la marque de ponctuation, et suivis d'une virgule:
«Soucieux
de donner une image positive de son ambitieuse politique monétaire
du franc fort, le président a prononcé hier soir
vers les dix-huit heures un discours plein d'enthousiasme;
cependant, les députés n'ont pas eu l'air
très impressionné.»
Certains
(signalés par * ci-dessous) peuvent ne pas figurer immédiatement
après la marque de ponctuation et se placer après
le verbe ou l'auxilliaire:
«Soucieux
de donner une image positive de son ambitieuse politique monétaire
du franc fort, le président a prononcé hier soir
vers les dix-huit heures un discours plein d'enthousiasme;
les députés n'ont cependant pas eu l'air
très impressionné.»
Quelques
adverbes et locutions adverbiales:
Comparaison:
de même, de la même manière, d'une façon
semblable
Concession: toutefois*, néanmoins*, cependant*,
pourtant*
Restriction: certes*, bien sûr*, malgré
tout*, en tous cas*
Alternative: d'autre part*, d'un autre côté,
d'ailleurs*
Condition: dans ce cas*, dans ces conditions
Simultanéité: dans un même temps,
pendant ce temps, dans l'intervalle
Antériorité: auparavant, jusque là,
jadis*, naguère*, il y a peu/longtemps,(jusqu'à)
récemment*
Postériorité: alors*, ensuite*, enfin*,
par la suite, désormais*
Addition: d'ailleurs*, de plus, en outre*, qui plus est
Conséquence: dès lors*, par conséquent*,
ainsi*, d'où (+ nom), de ce fait
Explication: en d'autres termes, autrement dit
Cause: de fait, en effet
 |
Note
1: «Aussi» exprimant l'addition ne peut pas
s'utiliser en début de phrase. Dans cette position,
et suivi de l'inversion verbe-sujet, il exprime la conséquence:
«En
dépit de ses efforts, le président n'a pas
réussi à convaincre les députés;
aussi doit-il maintenant changer de tactique.»
|
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Note
2: Les adverbes ne peuvent pas tous se placer ainsi en début
de phrase (c'est le cas de «notamment», «particulièrement»,
«tristement», etc), mais peuvent être remplacés
par des locutions («En particulier», «Il
est triste de constater que...»).
|
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Note
3: Il faut faire attention de ne pas utiliser les adverbes
et locutions adverbiales après une virgule, comme s'ils
étaient des conjonctions
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Note
4: Il faut faire attention de ne pas couper artificiellement
une phrase très courte avec une ponctuation forte.
Ainsi,
??
«J'étais très malade hier; par conséquent,
mon patron m'a dit de rester chez moi.»
est
une phrase grammaticalement correcte mais stylistiquement
mauvaise, à laquelle on préférera:
«J'étais
très malade hier, si bien que mon patron m'a
dit de rester chez moi.»
ou
encore:
«J'étais
si malade hier que mon patron m'a dit de rester
chez moi.»
|
Voir la carte
et le schéma des
catégories d'adverbes (Resource BEPP/Laval)
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|
| Les
pronoms relatifs
Les
pronoms relatifs permettent de créer des propositions
subordonnées relatives où ils prennent
la fonction qu'aurait leur référent: qui
(sujet ou objet non-humain introduit par une préposition);
que (objet direct); dont (objet ou compément
introduit par «de»); où (complément
de lieu ou de temps); quoi (objet non-humain introduit
par une préposition), souvent remplacé par préposition
+ lequel / laquelle.
Le
député qui a pris la parole s'appelle Dubois.
Je
n'ai rien compris au discours que j'ai entendu hier.
J'ignore
les problèmes dont vous me parlez.
C'est
le village où j'ai passé ma jeunesse.
J'ignore
ce à quoi il faut s'attendre.
Je
te donnerai le code sans lequel il est impossible d'entrer.
Voir le guide
des pronoms relatifs (sur ce site) et la Carte
des pronoms (Resource BEPP/Laval)
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|
|
Le
gérondif
Le gérondif
est constitué par l'association de la préposition
«en» et d'un verbe au participe présent. C'est
une forme très utile pour exprimer:
1.
la simultanéité entre deux actions. Il
peut donc remplacer une coordination avec «et»,
ou une subordination avec «en même temps que»,
«alors que»:
Elle siffle et elle travaille —> Elle siffle en même
temps qu'elle travaille --> Elle siffle en travaillant.
Il est arrivé et il souriait —> Il est arrivé
en souriant.
2.
la manière
Il parle en baissant les yeux.
Nous dansions en faisant attention de ne pas marcher
sur les pieds de l'autre.
3.
le moyen
En votant la loi contre l'immigration, le député
a révélé ses véritables sentiments.
Le président veut arrêter la montée du chômage
en favorisant l'emploi des jeunes.
4.
le rapport de cause à effet
En publiant un livre qui violait le secret médical,
le Dr. Gubler s'est attiré de violentes critiques.
En voulant ignorer le problème, vous ne faites
que l'aggraver.
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La
construction de la phrase
Il
y a deux manières d'aborder la construction d'une phrase:
la première, mécanique, consiste a s'assurer que
la phrase comporte bien les éléments nécessaires,
arrangés dans le bon ordre et obéissant à
toutes les règles morphologiques et syntaxiques de la langue.
La seconde s'attache au sens de la phrase, et en particulier à
la topicalisation, c'est à dire au choix d'un topique,
d'un centre d'intérêt, sur lequel on formulera un
commentaire.
La topicalisation
Dans les phrases
les plus simples, le topique correspond au sujet—ce
dont on parle—et le commentaire au prédicat—ce
qu'on veut dire du sujet; au niveau du texte, cependant, il faut
se poser la question d'une façon différente. Soient
par exemples les phrases suivantes:
(1) Alain Juppé
est le premier ministre.
(2) Alain
Juppé a fait des réformes.
(3) Pourtant,
la politique d'Alain Juppé provoque la méfiance
chez les Français.
(4) C'est
pourquoi Alain Juppé a essayé de gagner la sympathie
de ses concitoyens.
(5) Dans
ce but, Alain Juppé a publié un livre.
(6) Le
livre de Juppé, Entre nous, est écrit sur
un ton très familier.
(7) Pendant
ce temps, le climat social continue de se dégrader.
Même s'il
il y a ici a priori sept phrases qu'on pourrait simplement mettre
en séquence, on doit se rendre compte qu'il n'y a en réalité
qu'un topique (Alain Juppé) et plusieurs commentaires (qui
est Juppé, ce qu'il a fait, pourquoi, etc.). Si l'on prend
donc «Alain Juppé» comme sujet d'une phrase
possible, il faut décider quel en serait le prédicat,
c'est-à-dire déterminer laquelle des propositions
suivantes apporte l'information la plus riche, la plus pertinente,
la plus centrale à la phrase.
On
constate que (1) et (2) fournissent un supplément de définition
du sujet lui-même, alors que (3) et (4) indiquent les motivations
de l'écriture d'un livre, et que (6) décrit ce livre.
Quant à (7), elle indique une circonstance liée
à la publication du livre, mais de façon périphérique.
Il semble clair que le centre d'intérêt réside
dans la publication du livre et qu'on peut faire de (5), «a
publié un livre» le prédicat d'une phrase
dont le noyau est constitué de «Alain Juppé
a publié un livre». Logiquement, il faut donc chercher
à construire une seule phrase.
L'élaboration de la phrase
Il n'y a pas de formule toute faite pour
construire une phrase, mais une palette de techniques parmi lesquelles
il faut choisir la plus adaptée à ce qu'on cherche
à dire. Ici, nous commençons avec la phrase simple
sujet
+ prédicat:
Alain
Juppé a publié un livre
1. la mise
en apposition permet de qualifier
un nom.
«Alain
Juppé, premier
ministre, a publié un
livre écrit sur
un ton très familier»
2. la nominalisation permet de transformer une proposition en un seul
nom.
«Alain
Juppé, premier ministre réformateur,
a publié un livre écrit sur un ton très
familier»
3. la subordination
relative permet d'intégrer à la phrase une proposition
qui a un (pro)nom en commun avec elle.
«Alain
Juppé, premier ministre réformateur dont
la politique provoque la méfiance chez les Français,
a publié un livre écrit sur un ton très
familier.»
4. la subordination
infinitive permet
d'intégrer à la phrase une proposition qui a le
même sujet qu'elle.
«Alain
Juppé, premier ministre réformateur dont la politique
provoque la méfiance chez les Français, a publié
un livre écrit sur un ton très familier pour essayer de gagner la sympathie
de ses concitoyens.»
5. la subordination avec une conjonction
permet d'intégrer à
la phrase une proposition qui a un sujet différent.
«Tandis
que le climat social continue de se dégrader,
Alain Juppé, premier ministre réformateur dont
la politique provoque la méfiance chez les Français,
a publié un livre écrit sur un ton très
familier pour essayer de gagner la sympathie de ses concitoyens.»
On constate que
ces stratégies correspondent à diverses structures
de départ:
1. la mise
en apposition s'utilise pour
remplacer les structures du type [A est B], [A, qui est B,...]
ou [il y a un A qui est B].
2. la nominalisation
s'utilise pour remplacer les structures du type [A fait B],
[A, qui fait B,...] ou [il y a un A qui fait B].
3. la subordination relative s'utilise lorsque deux propositions ont
un (pro)nom en commun.
4. la subordination
infinitive s'utilise pour marquer
une relation de hiérarchisation entre les prédicats
des deux phrases de départ, qui ont le même sujet:
«essayer de gagner la sympathie de ses concitoyens»
exprime la cause de «a publié un livre».
5. la subordination
avec une conjonction s'utilise
pour marquer une relation de hiérarchisation entre
les topiques des deux phrases de départ: «le
climat social continue de se dégrader» indique
une circonstance de «Juppé a publié un livre»,
avec une nuance de contradiction: la publication du livre, en
dépit de l'intention de l'auteur, n'a pas arrêté
la dégradation du climat social.
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Pour
renforcer une phrase
Le contenu informationnel de la phrase et
son impact seront d'autant meilleurs que celle-ci est claire,
précise, et fortement structurée.
A cette fin, on doit systématiquement appliquer les principes
suivants:
Sur le plan du vocabulaire
1. Évitez absolument les mots passe-partout,
génériques et vagues: «chose» (à
proscrire absolument, sauf dans les expressions idiomatiques),
«personne», «homme/femme», «gens»;
les verbes «faire», «être», «avoir»,
«dire», «aller», les adjectifs «important»,
«fort», «spécial», «bon;
les quantificateurs «beaucoup de», «peu de».
Remplacez-les par une dénomination exacte et adaptée
au contexte:
une
chose :
un objet, un appareil, un élément,
une activité, un article, etc.
une personne :
un individu, un Français moyen, un électeur,
un salarié, etc.
les gens
: le public, les
téléspectateurs, la population,
les Français, l'opinion, etc.
faire :
accomplir, effectuer, se livrer à,
réaliser, pratiquer, etc
être
: constituer,
représenter, correspondre à, s'identifier
à, etc.
avoir
: comporter,
détenir, posséder, présenter,
etc.
dire
: déclarer,
affirmer, répliquer, annoncer, etc
aller
: se rendre,
se déplacer, transiter, etc
important : crucial, central, indispensable,
signifiant, notable, à retenir,
etc.
fort : imposant, puissant, inébranlable,
affirmé, prononcé, etc.
spécial : hors du commun, exceptionnel,
insolite, remarquable, etc.
bon : de qualité, valable, solide,
etc.
beaucoup
de
: (un grand) nombre
de, la plus grande partie de, une majorité
de, énormément de, etc.
peu
de : un petit nombre
de, une minorité de, une poignée
de, presque aucun, etc.
 |
Ces mots ne sont
pas de simples synonymes qu'on peut mécaniquement substituer
les uns aux autres. Vérifiez leur sens exact dans un
dictionnaire, et déterminez celui qui semble le plus
approprié dans un contexte donné. |
2. Utilisez les mots dans leur sens propre et
précis, et non pas selon l'usage relâché
de la conversation quotidienne ou des media. Par exemple, «unique»
signifie «qui n'existe qu'en un seul exemplaire»,
ce qui est différent d'«exceptionnel», de «remarquable»,
d'«incroyable», d'«extraordinaire», etc.
Chacun de ces termes offre une nuance sémantique qui le
rend différent des autres, même si leur sens reste
proche.
3. Faites attention aux tautologies et aux
pléonasmes, c'est-à-dire aux formules qui n'expriment
qu'une évidence: «un cadeau gratuit» (il l'est
par définition, sinon ce n'est pas un cadeau), «cette
personne est unique» (elle l'est par définition,
sauf s'il s'agit d'un clone!), «les pays du monde»
(où y a-t-il des pays, à part notre monde?), «prévoir
d'avance», «monter en haut», etc.
Sur le plan de la structure
1. Essayez d'éliminer les verbes conjugués,
qui alourdissent la phrase, en
a) les supprimant complètement, dans le
cas d'«être» et d'«avoir»,
- surtout dans les formules du type [être + adjectif] où
une apposition est possible
- après certaines conjonctions de subordination comme bien
que, même (si), parce que puisque, encore que: «bien
qu'il soit fatigué, il travaille» —> «bien
que fatigué, il travaille»)
- dans les formules du type [homme/personne qui a ....], souvent
nominalisables: «un homme qui a faim» —>
«un affamé»; «une personne qui a un salaire»
— > «un(e) salarié(e)».
b) nominalisant toute une proposition: «Il
a réussi parce qu'il a travaillé»
—> «Il a réussi grâce
à son travail»
c) les mettant à l'infinitif ou au gérondif
lorsque c'est possible.
2. Utilisez la mise en apposition lorsque la relation
entre deux propositions et évidente et peut donc rester
implicite. «Le candidat s'est retiré parce qu'il
a été découragé par son mauvais
score dans les sondages.» —> «Découragé
par son mauvais score dans les sondages, le candidat s'est retiré.»
3. Évitez le plus possible les articulations
faibles en «mais» ou «et», avantageusement
remplacées par des conjonctions de subordination (par exemple,
«alors que», «bien que», etc. pour «mais»;
«tandis que», «alors que» pour «et»).
4. Évitez les répétitions
à l'intérieur d'une phrase, mais aussi d'un paragraphe,
en utilisant des pronoms, des synonymes.
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