Dr. Guy Spielmann @ Georgetown University (USA)
 
  France: Culture banlieues

Un film de Matthieu Kassovitz France, Lazennec/StudioCanal, 1995

avec Vincent Cassel, Hubert Kounde, Saïd Taghmaou, Abdel Ahmed Ghili.

Un film événement

     La Haine est le premier film à traiter spécifiquement de la question des banlieues et de la vie des jeunes qui y résident, avec un réalisme cru, souvent violent, qui pourtant n'exclut pas une démarche poétique. Le jeune réalisateur a lui-même été surpris de l'immense succès de son œuvre, qui a réussi à mettre de son côté à la fois la critique, le grand public, et surtout les jeunes de banlieue, qui s'y sont reconnus (bien que Kassovitz n'ai jamais habité dans une cité!). Deux fois nominé au festival de Cannes, La Haine obtient la palme du meilleur réalisateur en 1995, puis, l'année suivante, triomphe aux Césars (huit nominations, trois victoires, dont le trophée du meilleur film).


L'histoire

     Le film s'ouvre sur un extrait de documentaire montrant une scène d'émeute aux accents de «Burnin' and Lootin'» (on brûle et on pille) de Bob Marley.
     A la suite d'une bavure lors d'une garde à vue, les policiers ont gravement blessé Abdel, un jeune beur. Les habitants de sa cité de la banlieue parisienne manifestent violemment et s'attaquent aux forces de l'ordre; dans la confusion, un policier perd son arme.
     Trois amis de cette même cité, Vinz, Hub et Saïd, commencent une journée ordinaire, où ils n'ont rien de précis à faire. Mais Vinz «a la haine»: il jure qu' il tuera un policier si Abdel meurt, tandis que ses amis essaient de l'en dissuader. C'est lui qui a trouvé le revolver que le policier a perdu...
     Les trois jeunes se rendent alors au centre-ville car Saïd doit récupérer de l'argent chez un dealer, Astérix. Là ils se trouvent confrontés à un monde très différent du leur, où ils se sentent étrangers, et ils se trouvent inopinément «enfermés» pour la nuit après avoir raté le dernier métro. Au matin, leur errance se termine par une nouvelle confrontation avec la police...




Saïd Taghmaoui : Saïd, le beur (à gauche)
Hubert Kounde : «Cousin Hub», le black (au centre)
Vincent Cassel : Vinz, le blanc (à droite)


La Haine n'est pas un «film musical», mais la musique y joue un rôle important, car la plupart des morceaux sont interprétés par les groupes et les chanteurs de rap les plus en vue à l'époque, comme IAM, Ministère Amer ou MC Solaar. Acclimaté en France à la fin des années 80, le rap est rapidement devenu le principal vecteur de l'expression d'une culture «jeune» qui aborde aussi les problèmes de société comme l'exclusion et le racisme.

Vinz imite Robert de Niro incarnant Travis Bickle dans Taxi Driver de Scorsese («C'est à moi que tu parles??»). De manière très significative les références à la culture américaine et anglo-saxonne (film, musique...) sont omniprésentes dans ce film français.